Le Fils : Le Guerrier compatissant

Jean 11.28-44

Jason Procopio

La semaine dernière j’étais absent—c’est Edouard qui a prêché à ma place sur Jean 11.1-17. J’étais en déplacement parce que nous avons appris le mercredi précédent qu’un couple que nous aimons beaucoup, de très bons amis de Loanne et moi, qui sont en quelque sorte nos mentors, ont perdu leur bébé. La mère était à cinq mois de grossesse, et elle a dû accoucher du bébé. Le père est pasteur à l’est de Paris, et je suis allé le remplacer pour leur culte de l’après-midi. Alors chez eux, j’ai apporté le message que je vais vous apporter maintenant—c’est un message que j’avais préparé pour vous, mais qui par providence était tout à fait approprié à leur situation.

Le texte qu’on va lire aujourd’hui parle d’une situation dramatique. Nous avons deux sœurs qui sont face à la mort de leur frère. Elles savent que Jésus n’était pas loin avant la mort de leur frère ; Jésus aurait pu faire quelque chose, et il ne l’a pas fait. Et Jésus leur demande de lui faire confiance avec leur ignorance par rapport aux raisons pour lesquelles il a agi ainsi. C’est un texte difficile, mais extrêmement enrichissant, parce qu’on voit que même lorsque Jésus nous demande de faire quelque chose de douloureux, c’est par compassion, par amour, qu’il le demande. Et on voit que Jésus-Christ, le Sauveur guerrier, a la puissance de valider la confiance que nous mettons en lui.

Nous lirons dans le chapitre 11 de l’Evangile selon Jean. Nous allons commencer au milieu, alors il faut faire un petit rappel du début de l’histoire (que vous avez vu la semaine dernière). Au début du chapitre 11, nous apprenons que Lazare, un ami de Jésus, est mort—ses sœurs envoient un message à Jésus pour lui demander de venir, mais Jésus tarde à venir. Et Lazare meurt. Jésus dit depuis le début (v. 15) : à cause de vous, afin que vous croyiez, je me réjouis de ce que je n'étais pas là.

Il arrive à la ville et l’une des sœurs de Lazare, Marthe, vient le voir. Elle s’effondre devant lui et lui dit (v. 21): Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Et Jésus l’encourage en lui disant qu’elle reverra son frère, et que Jésus est la résurrection et la vie : une phrase qu’elle n’a surement pas comprise tout de suite, mais qui prendra tout son sens au fil de l’histoire. C’est sur cette partie du texte qu’Edouard a prêché dimanche dernier, alors je ne vais pas trop m’attarder là-dessus.

Puis Marie, l’autre sœur de Lazare, arrive—et c’est le récit de Marie, et ensuite l’histoire qui suit, que nous allons voir en détail. Cette histoire se déroule sur deux niveaux : à petite échelle—(l’échelle personnelle) et à grande échelle (l’échelle globale et cosmique). Nous allons commencer donc avec l’histoire à petite échelle, l’échelle personnelle. Lisons à partir du v. 28 ; nous lirons le texte petit à petit.

28 Après avoir dit cela, elle alla appeler secrètement sa sœur Marie en lui disant: «Le maître est ici et te demande.» 29 A ces mots, Marie se leva sans attendre et alla vers lui. 30 Jésus n'était pas encore entré dans le village, mais il était à l'endroit où Marthe l'avait rencontré. 31 Les Juifs qui étaient avec Marie dans la maison et qui la consolaient la virent se lever soudain et sortir; ils la suivirent en disant: «Elle va au tombeau pour y pleurer.» 32 Marie arriva à l'endroit où était Jésus. Quand elle le vit, elle tomba à ses pieds et lui dit: «Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort.» 33 En la voyant pleurer, elle et les Juifs venus avec elle, Jésus fut profondément indigné et bouleversé. 34 Il dit: «Où l'avez-vous mis?» «Seigneur, lui répondit-on, viens et tu verras.» 35 Jésus pleura. 36 Les Juifs dirent alors: «Voyez comme il l'aimait!» 

L’HISTOIRE A PETITE ECHELLE : LA COMPASSION DE JESUS

1) JÉSUS EST ÉMOTIONNELLEMENT IMPLIQUÉ DANS NOS SOUFFRANCES (V. 28-35)

Nous qui adhérons aux doctrines de la Réforme, lorsque nous sommes devant quelqu’un qui souffre ainsi, nous avons souvent tendance à aller très vite vers ce qui est pour nous un encouragement : pour essayer de nous préparer à affronter la souffrance, nous disons que Dieu est souverain, que tout est sous son contrôle, et que tout ce qu’il fait, il le fait pour une bonne raison. C’est vrai—c’est un des piliers de notre foi, et c’est une vérité qu’il faut affirmer.

Mais nous oublions parfois que même si l’on est bien préparé, lorsque quelqu’un est en train de vivre une telle souffrance—le deuil qui suit la perte de quelqu’un qu’on aime—la souveraineté de Dieu est difficile à avaler. Ça fait mal de savoir qu’il aurait pu faire quelque chose, et qu’il ne l’a pas fait.

Et d’ailleurs c’est exactement ce que disent les sœurs à Jésus. Marie vient aussi à Jésus et lui dit la même chose que sa sœur avait dit précédemment : v. 32 «Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort.» Jésus ne s’explique pas—il n’a pas besoin de se justifier—mais il ne reste pas non plus inactif.

Regardons ce qu’il fait pour Marie. Jésus montre de la compassion pour Marie de manière profondément vulnérable et intime : il est là pour elle, il lui montre qu’il ressent la douleur qu’elle-même ressent. Il pleure avec elle.

Et ce deuil qu’il fait avec Marie n’est pas un deuil artificiel. Le v. 33 nous dit que Jésus était “bouleversé”—d’autres versions indiquent qu’il était “profondément ému”. Encore une fois, nous croyons en la souveraineté absolue de Dieu—Jésus savait ce qui allait se passer. Nous l’avons vu dimanche dernier : Jésus avait dit à ses disciples qu’il attendait d’aller à Béthanie pour leur faire voir la gloire de Dieu ; il leur a dit que Lazare ne faisait que dormir. Cette situation n’était pas une surprise pour lui. Il savait qu’il allait ressusciter Lazare d’entre les morts. Alors ce ne sont pas premièrement les événements qui l’ont ému—il n’était pas premièrement bouleversé par la situation. Jésus est attristé par la tristesse de ceux qui sont avec lui. V. 33 : En la voyant pleurer, elle et les Juifs venus avec elle, Jésus fut profondément indigné et bouleversé.

Alors qu’il est souverain, alors qu’il n’y a aucun événement qui est capable de le surprendre, Jésus est profondément ému par les traumatismes émotionnels des êtres humains. Il sait que même si lui, il sait ce qu’il est en train de faire, nous ne le savons pas. Il sait que nous nous sentons complètement impuissants dans ces moments, parce que nous n’avons aucun contrôle sur ce qui se passe. Et parce qu’il nous aime, il s’identifie avec notre peine et il la ressent également. 

Lorsque nous souffrons, nous sommes incapables de comprendre pourquoi Dieu le permet—mais ce texte nous donne la certitude que Dieu n’est pas insensible à notre souffrance. Lorsque nous souffrons, il ressent cette douleur avec nous ; lorsque nous sommes troublés, il est aussi troublé avec nous.

Parce qu’il nous aime, il a de la compassion pour nous : il est émotionnellement impliqué dans nos souffrances. Par amour pour nous, par compassion pour nous, il s’abaisse à notre niveau et nous trouve là où nous sommes, et il répond à notre besoin en nous rassurant que ça lui fait mal aussi. 

2) PAR COMPASSION, JÉSUS DEMANDE À CEUX QU’IL AIME DE LUI FAIRE CONFIANCE (V. 38-42)

38 Jésus, de nouveau profondément indigné, se rendit au tombeau. C'était une grotte; une pierre fermait l'entrée. 39 Jésus dit: «Enlevez la pierre.» Marthe, la sœur du mort, lui dit: «Seigneur, il sent déjà, car il y a quatre jours qu'il est là.» 40 Jésus lui dit: «Ne t'ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu?» 41 Ils enlevèrent donc la pierre [de l’endroit où le mort avait été déposé].

Il y a ici un changement de ton qui est facile à remarquer. Le texte dit que Jésus est “profondément indigné”, et il demande à Marthe et à ceux qui sont présents de faire quelque chose qui va potentiellement leur faire très mal : ouvrir de nouveau le tombeau. Il faut savoir que les méthodes d’enterrement de l’époque étaient primitives ; les corps se décomposaient beaucoup plus rapidement qu’aujourd’hui. Lorsqu’on lit le passage on a de la peine pour Marthe. Mettez-vous dans sa peau ; Jésus lui demande d’ouvrir le tombeau et s’exposer à l’odeur du corps mort de son frère. On dirait presque que Jésus fait exprès de lui faire mal. 

Mais ce n’est pas son but. Il a déjà montrée de la compassion aux sœurs de Lazare, et ce qu’il leur demande maintenant est, malgré toutes apparences, aussi une demande motivée par la compassion. Il dit (v. 40) : Ne t'ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu? Comme Edouard l’a mentionné la semaine dernière, “la gloire de Dieu” signifie son poids, sa valeur reconnue—il s’agit de toute sa grandeur vue et reconnue par le monde, et selon la Bible voir la gloire de Dieu est ce pour quoi nous sommes créés, ce qui nous procurera le plus de joie possible. Il veut que Marthe voie la gloire de Dieu et s’en réjouisse—mais pour la voir, il faut qu’elle lui fasse confiance malgré cette instruction extrêmement douloureuse. 

Lorsque Jésus nous demande de lui obéir, il nous demande de parfois nous exposer à la douleur, et nous ne savons pas quel est le but de cette douleur. Mais il dit ici que ce n’est pas pour nous faire souffrir qu’il nous demande de souffrirLa souffrance, ce n’est pas une fin en soi pour Jésus. Devant ce choix que nous avons de le suivre malgré la difficulté, malgré la douleur, malgré la souffrance, il nous dit : Ne t'ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu? Ses commandements difficiles sont aussi motivés par la compassion.

3) PAR COMPASSION, JÉSUS VALIDE LA CONFIANCE QUE NOUS METTONS EN LUI (V. 41-44)

41 Ils enlevèrent donc la pierre [de l’endroit où le mort avait été déposé]. Jésus leva alors les yeux et dit: «Père, je te remercie de ce que tu m'as écouté. 42 Pour ma part, je savais que tu m'écoutes toujours, mais j'ai parlé à cause de la foule qui m'entoure, afin qu'ils croient que c'est toi qui m'as envoyé.» 43 Après avoir dit cela, il cria d'une voix forte: «Lazare, sors!» 44 Et le mort sortit, les pieds et les mains attachés par des bandelettes et le visage enveloppé d'un linge. Jésus leur dit: «Détachez-le et laissez-le s’en aller.»

Il leur a montré de la compassion ; il leur a ensuite demandé dans toute leur peine de lui faire confiance ; et il a validé la confiance qu’ils ont mise en lui. Il leur a montré sa gloire—la gloire du Fils de Dieu, envoyé du Père—puisqu’ils croyaient. Jésus s’est attardé à venir à Béthanie parce que la vision de la gloire de Dieu qu’il voulait leur montrer était bien plus grande que s’il était venu tout de suite—la résurrection est plus impressionnante que la guérison. 

Et donc, la joie de Marie et Marthe aussi. On peut imaginer que si Jésus avait simplement guéri Lazare, déjà elles auraient été très heureuses. Mais voir leur frère mourir, passer par le deuil, et retrouver ce frère qu’elles pensaient ne plus jamais revoir… Ça, c’est une joie bien plus grande encore. La douleur par laquelle elles passent augmente leur joie par la suite. 

Voilà l’histoire à petite échelle—à l’échelle purement personnelle. Ce qu’il a fait, il a fait pour Marthe, pour Marie, et pour ceux qui faisaient le deuil avec elles. Mais cette histoire ne représente pas uniquement une réponse personnelle à la prière. Elle n’est pas là uniquement pour nous montrer que Jésus a de la compassion pour nous. Il y a une histoire plus grande qui est racontée ici. Regardons donc maintenant l’histoire à grande échelle.

L’HISTOIRE A GRANDE ECHELLE

1) GENÈSE 2-3

Pour bien comprendre l’histoire à grande échelle qui est racontée ici, il faut un peu de contexte—et le contexte immédiat ne suffira pas. Dans le livre de la Genèse, au chapitre 2, on voit que Dieu plante un jardin en Eden et il y met l’homme qu’il a créé. Et il lui donne tous les bienfaits du jardin et lui interdit une seule chose pour son bien. Genèse 2.15 : 15 L'Eternel Dieu prit l'homme et le plaça dans le jardin d'Eden pour qu’il le cultive et le garde. 16 L'Eternel Dieu donna cet ordre à l'homme: «Tu pourras manger les fruits de tous les arbres du jardin, 17 mais tu ne mangeras pas le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras, c’est certain. Il leur interdit une seule chose, pour leur bien. Mais l’homme et la femme, pensant mieux savoir que Dieu, se rebellent contre lui et lui désobéissent. Et Dieu décrit dans Genèse 3.19 le résultat de cette rébellion : 19 C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, et ce jusqu'à ce que tu retournes à la terre, puisque c’est d’elle que tu as été tiré. Oui, tu es poussière et tu retourneras à la poussière.»

Par la désobéissance de l’homme, le péché—une sorte de cancer spirituel—entre dans le monde. Et le péché agit comme un cancer. Ses effets s’étendent non seulement dans l’homme et la femme qui ont péché, mais aussi dans toute la création qui les entoure : le péché a produit la douleur dans la grossesse ; il a produit un sol maudit, des ronces et des chardons ; il a produit la maladie physique, mentale et spirituelle ; et de tous les résultats du péché, le point culminant, c’est la mort. Dieu est la source de la vie. Tant que l’homme était parfait et uni à Dieu, lui aussi avait la vie. Mais dès que cette unité a été brisée par sa désobéissance, la source de vie a été coupée. Et le résultat, c’est la mort pour lui, et pour toute la création. A cause du péché, les choses meurent : tous les êtres vivants meurent physiquement, et l’humanité meurt spirituellement. La mort existe à cause du péché.

2) LA MORT EST UNE INTRUSE

Mais bien sûr ce n’est pas comme ça que le monde voit la mort. Si on demandait à n’importe quel non croyant ce qu’il pense de la mort, il dirait en règle générale que la mort est triste et qu’elle est difficile, mais qu’elle fait partie de la vie tout simplement. Dans la nature, les choses naissent, vivent et meurent, et sans la mort le monde ne pourrait pas continuer à exister : la mort est ce qui permet au monde de garder son équilibre, elle est un des facteurs qui permettent aux espèces plus fortes de dominer, qui permettent à la nature de se renouveler. Bref, elle fait partie intégrale de la vie sur cette terre, et elle est complètement naturelle.

Mais ces mêmes personnes affirment avec autant de zèle l’importance de combattre contre la mort : de lutter contre la maladie, de trouver un remède pour le cancer, de combattre la guerre, la sécheresse et la famine dans les pays en voie de développement. Même s’ils affirment que la mort est naturelle, inévitable et même nécessaire, ils semblent ne pas avoir un point de vue très favorable sur elle. Lorsqu’ils apprennent qu’ils ont un cancer, ils ne s’abandonnent pas à la sélection naturelle, mais ils luttent autant qu’ils peuvent pour vivre aussi longtemps qu’ils peuvent. 

Et ce qu’ils font n’est pas logique. Si la mort est complètement normale, si la mort est la manière dont la nature arrive à s’équilibrer et à se renouveler, on ne devrait surtout pas lutter contre elle. Le cancer, la famine, la sécheresse, et même la guerre seraient des moyens par lesquels la nature se débarrasse des espèces faibles. Lutter contre la mort, ce serait finalement lutter contre l’évolution de la vie sur cette terre. Ils disent croire que la mort est complètement normale, mais ils vivent comme si ce n’était pas le cas : ils vivent comme si la mort était un ennemi contre lequel il faut combattre.

Ces personnes disent croire que la mort est normale et naturelle et même bénéfique, mais par leur comportement ils montrent qu’ils ne le croient pas vraiment. Par leur comportement, ils montrent qu’ils ont la conviction que même si la mort est là, même si elle fait partie de la nature, elle n’est pas normale, elle n’est pas naturelle, elle est une intruse dans l’ordre naturel des choses, une intruse contre laquelle il faut lutter. 

Et cette conviction qu’ils ont est exactement ce qu’affirme le christianisme. La Bible nous dit que la mort fait maintenant partie de la nature, mais qu’elle n’est pas naturelle. Elle est une intruse—la mort s’est présentée lorsque les hommes se sont rebellés contre Dieu, la source de la vie. Et puisque cette mort est une intruse, il est absolument logique et bon de lutter contre elle—d’où l’importance de lutter contre la maladie, la guerre, etc. Vous voyez ? Les non croyants agissent comme des chrétiens tout en disant croire le contraire. Ils savent au fond d’eux-mêmes que la mort n’est pas normale, et par leur manière d’agir ils montrent qu’ils sont d’accord avec Jésus-Christ, qui est selon ce texte “indigné” par la situation qui est devant lui. 

Et s’ils veulent reconnaître cette vérité, ils trouveront en Jésus-Christ leur héros—car il est venu vaincre l’ennemi qui est la mort. 43 Après avoir dit cela, il cria d'une voix forte: «Lazare, sors!» 44 Et le mort sortit…

Jésus prouve qu’il a la puissance même sur la mort, et ainsi il nous donne un avant-goût de ce qui va venir. La résurrection de Lazare n’était pas la victoire finale contre l’ennemi qui est la mort—il s’agit d’un seul homme ressuscité. Mais c’était une preuve que Jésus était capable de vaincre cet ennemi. Jésus n’est pas seulement ému et indigné par la mort physique de son ami ; il est ému et indigné par la mort totale—physique et spirituelle—de toute l’humanité. 

3) LA VICTOIRE DE JÉSUS

Alors qu’a-t-il fait ? Par la même puissance qu’il a montré à la résurrection de Lazare, Jésus a porté le coup fatal contre la mort à la croix. Il a pris sur lui-même le péché de tous ses enfants—car notre péché est la raison pour laquelle la mort existe dans le monde. Lors de sa mort affreuse, il a absorbé toute la colère de Dieu contre notre péché, et lors de sa propre résurrection, il a fait que sa vie parfaite et victorieuse compte en notre faveur. Il l’a fait en passant par le même chemin par lequel nous devons passer. Tout comme il a demandé à Marthe de lui faire confiance dans sa souffrance—que si elle croyait, elle verrait la gloire de Dieu—il a souffert la croix “pour la joie qui lui était réservée”. Il a reçu la récompense de sa souffrance. Il a vaincu la mort.

Parfois, on pourrait presque penser que c’est faux—que Jésus n’a pas vaincu la mort, car les choses meurent encore. Et il faut admettre que nous ne voyons pas toute la victoire contre la mort maintenant. Mais le coup fatal contre la mort a été porté à la croix. Par sa mort et par sa résurrection il a donné la preuve ultime qu’il est capable de vaincre la mort, que la Bible appelle “le dernier ennemi” (1 Corinthiens 15.26). Il a gagné le combat décisif, et il est en route pour finir cette guerre. La mort n’aura pas le dernier mot. Notre guerrier est indigné, et il vaincra l’ennemi.

CONCLUSION

Dans son livre The Hiding Place, Corrie ten Boom, une juive vivant au Danemark pendant la 2e Guerre Mondiale, raconte un épisode de son enfance où elle rentrait à la maison avec son père dans le train. Elle a entendu un mot à l’école—évidemment une insulte envers les juifs—et troublée, elle demande à son père ce que le mot veut dire. Après un moment de réflexion, son père descend sa valise et demande à sa fille : “Peux-tu descendre cette valise du train ?” Elle essaie, mais n’arrive pas à la soulever. “Elle est trop lourde.” “Oui,” dit-il : “et je serais un père assez minable si je demandais à ma fille de porter une charge si lourde. C’est la même chose avec la connaissance. Parfois, certaines connaissances peuvent être trop lourdes pour les enfants. Quand tu seras plus grande, tu pourras la supporter. Pour l’instant, il faudrait me faire confiance et me laisser supporter cette connaissance pour toi.”

Au début du message j’ai parlé de nos amis qui ont perdu leur bébé. Si on n’a pas vécu cela, il est impossible de comprendre ce par quoi ils sont passés la semaine dernière, et ce par quoi ils passent encore. Ce n’était pas une fausse couche : il a fallu que le travail soit déclenché ; la mère a dû accoucher. Normalement lorsqu’un bébé naît, la salle est remplie de bruit—des cris du nouveau-né, des médecins qui le lavent, des parents qui pleurent de joie. Cette fois-ci, ce bébé est né dans le silence. Les parents ont découvert que c’était une fille ; ils l’ont tenue dans les bras ; ils lui ont donné un nom.

Nos amis, que nous aimons beaucoup, souffrent profondément. Avant même que cette fille soit née, ils  l’aimaient autant que leurs autres enfants. Ils ne savent pas pourquoi cela s’est passé. La douleur par laquelle ils passent est terrible, et il serait naturel qu’ils soient en colère. 

Mais l’évangile—cette histoire à petite et à grande échelle—leur dit deux choses qui leur permettra de tenir bon. Premièrement, il dit que la mort n’est pas la fin. L’évangile affirme que Jésus a porté le coup fatal contre la mort à la croix. La Bible dit que Jésus est la résurrection et la vie. Elle déclare que tout comme Dieu connaissait intimement cette fille lorsqu’elle était dans le ventre de sa mère, il la connaît tout aussi intimement maintenant. Avant même que ses parents l’aient nommé, Dieu connaissait déjà son nom, et il connaît maintenant son nom aussi bien qu’avant.

Deuxièmement, l’évangile leur dit que Jésus est Seigneur de tout, qu’il est souverain sur tout, et que tout ce qu’il fait, il fait pour sa gloire et pour le bien de son peuple. Comme j’ai dit tout à l’heure, c’est une vérité incompréhensible, surtout dans des moments de souffrance. Si vous écoutez ce que je dis et trouvez cela difficile à avaler—si vous vous dites : “Comment est-ce possible qu’une telle chose puisse être pour la gloire de Dieu et pour le bien de son peuple ?”—rassurez-vous : nous disons honnêtement que c’est incompréhensible. Nous ne savons pas comment ça peut être possible. 

C’est précisément pour cette raison-là que nos amis ne fuient pas loin de Dieu dans la colère, mais courent vers lui dans leur douleur. Ils le font parce qu’en fin de compte, la présence de Jésus est le seul endroit sûr. Jésus est la seule personne qui comprend pourquoi cet événement a eu lieu—il est le seul qui voit l’histoire qu’il gouverne et qui comprend comment cet événement tellement douloureux peut être pour sa gloire. Il est le seul qui comprend comment c’est possible. Alors tout comme la fille qui laisse son père porter une connaissance qui est trop lourde pour elle, nos amis font confiance à la bonté et à la sagesse de celui qui a vaincu la mort, et ils courent vers lui pour être réconfortés, en sachant qu’il ressent leur douleur, et que par compassion il pleure avec eux.

Jésus est le grand Dieu de l’univers qui est souverain sur tout et qui a porté le coup fatal contre la mort.  Il est le Sauveur puissant qui nous a donné un avant-goût de la victoire à venir—du jour où il n’y aura ni cri, ni deuil, ni douleur, ni mort. Jésus est notre Sauveur, notre puissant guerrier. 

Mais il est un guerrier compatissant. Par compassion, il ressent la douleur que nous ressentons—il se met à côté de nous dans notre douleur. Par compassion, il nous demande de lui faire confiance, même dans les moments les plus durs. Et par compassion, il valide et prouve que notre confiance en lui était bien fondée. Il nous rassure que pour la joie qui nous est réservée, nous pouvons souffrir dignement, avec la confiance que notre émerveillement face à la gloire de Dieu sera plus grand encore grâce aux épreuves par lesquelles nous passons.