La communauté 1 : Identité

1 Pierre 2.4-12

Jason Procopio

Ça me fait très plaisir de voir cette petite église naître à Châtelet-Les Halles. Mais avant de faire quoi que ce soit, avant de proposer quelque activité que ce soit, il faut que nous affermissions très clairement la raison-d’être de l’église. Si nous ne savons pas pourquoi l’église est là, nous n’aurons aucune raison pour y venir ou pour y rester. 

Au mois de juillet j’ai proposé la vision de l’église à notre petite équipe. La première partie de cette vision dit que nous souhaitons incarner l’évangile dans le quartier de Châtelet-Les Halles.

C’est de cela que nous allons parler pendant les semaines à venir—qu’est-ce que cela veut dire, incarner l’évangile ? Comment l’évangile se manifeste-il chez nous, de manière individuelle et de manière collective ?

Ce message sera le premier d’une série qui va durer trois semaines, qui s’appelle s’implement “La communauté”. Chaque semaine nous allons répondre à trois questions concernant cette église :

    1) Identité—qui sommes-nous ?

    2) Corps—de quoi notre communauté est-elle faite ?

    3) Mouvement—dans quelle direction notre communauté va-t-elle ?

Aujourd’hui, nous allons voir ensemble cette question d’identité : qui sommes-nous en Christ ?

Un des textes qui exposent le mieux la question de notre identité en tant que chrétiens, en tant que peuple de Dieu, c’est 1 Pierre 2.4-12. C’est ce texte-là que nous allons lire.

1 PIERRE 2.4-12 :

Approchez-vous de Christ, la pierre vivante rejetée par les hommes mais choisie et précieuse devant Dieu, et vous-mêmes, en tant que pierres vivantes, laissez-vous édifier pour former une maison spirituelle, un groupe de prêtres saints, afin d'offrir des sacrifices spirituels que Dieu peut accepter par Jésus-Christ. En effet, il est dit dans l'Ecriture: Je mets dans Sion une pierre angulaire, choisie, précieuse. Celui qui croit en elle n'en aura jamais honte.

Elle est donc précieuse pour vous qui croyez. Quant à ceux qui désobéissent, la pierre rejetée par ceux qui construisaient est devenue la pierre angulaire. Elle est aussi une pierre qui fait obstacle et un rocher propre à faire trébucher. Ils s'y heurtent parce qu'ils désobéissent à la parole, et c'est à cela qu'ils ont été destinés. Vous, au contraire, vous êtes un peuple choisi, des prêtres royaux, une nation sainte, un peuple racheté afin de proclamer les louanges de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière. 10 Vous qui autrefois n'étiez pas un peuple, vous êtes maintenant le peuple de Dieu; vous qui n'aviez pas obtenu compassion, vous avez maintenant obtenu compassion.

11 Bien-aimés, je vous encourage, en tant que résidents temporaires et étrangers sur la terre, à vous abstenir des désirs de votre nature propre qui font la guerre à l'âme. 12 Ayez une bonne conduite au milieu des non-croyants, afin que, là même où ils vous calomnient comme si vous faisiez le mal, ils remarquent votre belle manière d’agir et rendent gloire à Dieu le jour où il interviendra.

INTRODUCTION

Lorsque je parle de “la communauté”, il est très possible que ton instinct naturel est de ne pas aimer ce sujet—l’idée de faire partie d’une communauté est une idée qui va à l’encontre des valeurs importantes de notre société aujourd’hui, celles qui privilégient l’indépendance et l’individualisme. Mais les êtres humains ont besoin de communauté. Nous y voyons les preuves dans les recherches et dans notre expérience. Si on veut considérer quelques exemples :

  • Les recherches affirment que sans communauté, l’homme tend vers la dépression et même, dans les cas extrêmes, le suicide. Le psychologue algérien Bachir Ridouh a révélé un lien très étroit entre la solitude et le suicide—ce n’est pas forcément la misère qui conduit au suicide, mais le fait d’être (ou de se sentir) seul.
  • Une étude de National Geographic a constaté que les endroits du monde avec le plus de centenaires avaient tous des pratiques en commun, et une des pratiques les plus répandues et efficaces, c’était de se retrouver avec les mêmes personnes pendant toute une vie. Les personnes qui appartiennent à une communauté proche ont tendance à vivre plus longtemps.

L’expérience aussi affirme que nous avons besoin de la communauté. Moi, je suis quelqu’un qui aime la solitude ; je me plais quand je suis seul. Mais je peux dire avec certitude que je ne suis pas à mon mieux quand je suis seul. Les qualités que j’aimerais voir se manifester dans ma vie—l’amour, l’altruisme, l’honnêteté—ont tendance à s’effacer, alors que les autres caractéristiques que j’aimerais faire disparaître—l’égocentrisme et la fainéantise, notamment—tendent à ressortir. La compagnie des autres m’est bénéfique. Mes proches me rendent plus aimant, plus doux, moins égocentrique. Ils font sortir ce qu’il y a de meilleur en moi-même, si du moins je leur permet de le faire.

Tout le monde a besoin d’une communauté. Mais tu te demande peut-être : “Qu’est-ce que tout ça a à voir avec Dieu ? Je peux très bien trouver une communauté ailleurs.” C’est vrai. Mais la Bible nous dit que non seulement Dieu nous a créés pour la communauté, il nous a créé pour un certain type de communauté

Dans le texte que nous avons lu, Pierre nous dit le genre de communauté dont nous avons besoin en tant qu’hommes et femmes créés en l’image de Dieu. 

Pierre répond à trois questions dans son texte. Il commence par une image (celle d’une maison) pour parler de notre identité individuelle et de celle de Jésus ; puis il passe de l’image à la réalité pour parler de notre identité collective ; puis il nous dit comment nous devons vivre par conséquence. 

    1) Notre identité individuelle : Qui sommes-nous ? - 1ère partie (v. 4-5)

    2) Qui est Jésus dans cette communauté ? (v. 6-8)

    3) Notre identité collective : Qui sommes-nous ? - 2ème partie (ou, puisque j’aime le cinéma et que tout film qui réussit aura une suite : “Qui sommes-nous ? - Le retour”!) (v. 9-10)

    4) Comment devons-nous vivre ? (v. 11-12)

NOTRE IDENTITÉ INDIVIDUELLE : QUI SOMMES-NOUS ? - 1ÈRE PARTIE (V. 4-5)

DES PIERRES QUI FORMENT UNE MAISON SPIRITUELLE

La réponse commence dans les versets 4-5 : Approchez-vous de Christ, la pierre vivante rejetée par les hommes mais choisie et précieuse devant Dieu, et vous-mêmes, en tant que pierres vivantes, laissez-vous édifier pour former une maison spirituelle, un groupe de prêtres saints, afin d'offrir des sacrifices spirituels que Dieu peut accepter par Jésus-Christ.

Pierre dit que si nous sommes chrétiens, nous sommes des pierres vivantes que Dieu édifie pour former une maison. Mais déjà, il y a une question qui se pose : pourquoi Dieu a-t-il besoin d’une maison ? Et bien, Dieu veut que les hommes et les femmes le voient, qu’ils soient émerveillés par tout ce qu’il est, qu’ils se réjouissent de le connaître—et pour cela, il faut que l’homme et Dieu puisse se rencontrer quelque part ; il faut un endroit où le royaume de Dieu et le royaume des hommes soient réunis.

Au début de l’histoire, les deux royaumes étaient réunis, mais le péché—l’imperfection en nous—a forcé ces deux royaumes à se séparer. Alors Dieu a dit au peuple d’Israël de construire un bâtiment : il voulait donner un lieu où son royaume et le royaume des hommes pouvaient être de nouveau réunis, où les hommes et Dieu pouvaient être réconciliés, où la présence de Dieu pouvait de nouveau se manifester sur la terre. Ce lieu, c’était le temple, la maison de Dieu. C’était une maison physique.

Le temple était une image de la réconciliation ultime que Dieu avait en vue (dont on parlera dans un instant). Dieu voulait construire un temple qui ne soit pas limité par des murs et par l’espace, un temple qui ne soit pas une maison physique, mais une maison spirituelle—et il l’a fait, et il le fait encore. Aujourd’hui, la maison de Dieu, où son royaume et notre royaume sont de nouveau réunis, ce n’est plus un temple, mais un peuple : la communauté des chrétiens. Plutôt que de vivre et de manifester sa présence dans un temple, Dieu fait sa demeure dans la communauté des croyants. 

Et c’est là où on rejoint Pierre. Il nous appelle des pierres vivantes…pour former une maison spirituelle. Les chrétiens sont la matière première, les briques qui forment sa maison. Chacun et chacune d’entre nous est comme une pierre vivante que Dieu utilise pour construire sa maison—individuellement nous sommes les briques, et ensemble, nous formons la maison de Dieu, le lieu où Dieu habite et manifeste sa présence.

Le but de la vie chrétienne, le but de la foi en Christ, c’est que nous soyons tous intégrés dans la construction de son église. Chaque pierre est différente, chaque pierre a une place unique, mais chaque pierre a un seul et même but en vue : construire la maison de Dieu, pour la gloire de Dieu.

2) QUI EST JÉSUS DANS CETTE COMMUNAUTÉ ?

LA PIERRE ANGULAIRE

Pierre dit que nous sommes des pierres vivantes qui forment ensemble la maison de Dieu. Au verset 6, il nous dit comment c’est possible—comment Dieu peut se servir des hommes et des femmes imparfaits, d’horizons tellement différents, pour construire sa maison. V. 6 : En effet, il est dit dans l'Ecriture: Je mets dans Sion une pierre angulaire [Jésus-Christ], choisie, précieuse. Celui qui croit en elle n'en aura jamais honte. Elle est donc précieuse pour vous qui croyez. Quant à ceux qui désobéissent, la pierre rejetée par ceux qui construisaient est devenue la pierre angulaire. Elle est aussi une pierre qui fait obstacle et un rocher propre à faire trébucher. Ils s'y heurtent parce qu'ils désobéissent à la parole, et c'est à cela qu'ils ont été destinés. 

La pierre angulaire, c’est la pierre sur laquelle le poids de la maison se repose ; c’est elle qui donne à la maison son intégrité et lui permet de rester debout. Dieu construit une maison de son église, et la pierre angulaire de cette maison, c’est Jésus. C’est lui le fondement de l’église, c’est lui le vrai pasteur de l’église, c’est sur lui que l’église se repose. 

En plus, puisqu’il est la pierre angulaire de la maison, il est tout en bas. La mentalité individualiste qui nous a été inculquée depuis notre enfance n’a peut-être pas aimé l’idée de cette identité communautaire—comme si Dieu veut gommer nos différences et nous rabaisser à un niveau égal, afin que nous soyons tous pareils. Mais Jésus est la pierre angulaire de la maison—la pierre angulaire, c’est celle qui est au plus bas pour soutenir les autres. Jésus était le premier à s’humilier pour nous jusqu’à la mort, à se mettre au plus bas pour que nous soyons élevés (on va voir comment dans un instant). Si Jésus, qui devrait prendre la première place, peut ainsi s’humilier, moi aussi.

Mais certains ne veulent pas laisser Jésus prendre la place de la pierre angulaire ; ils veulent tout faire eux-mêmes, pour pouvoir être, en essence, leur propre dieu. Pierre décrit ces personnes comme essayant de construire leur propre maison, qui prennent cette pierre et qui le jette, en disant : “Je n’en ai pas besoin.” Et il dit que cette pierre, qu’ils ont rejetée, est devenue la pierre angulaire de la maison que Dieu construit—la pierre dont personne n’avait envie, Dieu lui donne la première place ; et ceux qui persistent à vouloir tout faire par eux-même vont trébucher sur cette pierre.

Pour certains, Jésus ne sera jamais attirant ; peu importe combien nous essayons de rendre l’évangile clair et beau, il y a certains qui ne voudront pas l’accepter. Ils vont se heurter contre la vérité et la trouver offensive. Ce n’est que Dieu qui puisse faire en sorte que lorsqu’ils voient l’évangile, ils ne voient pas la folie, mais la vie. Si nous avons la foi aujourd’hui, ce n’est que parce que Dieu nous a fait grâce de vouloir accepter l’évangile. Pour ceux qui n’y croient pas, Jésus est offensif et repoussant. Mais pour nous qui voyons l’évangile non pas comme une folie mais comme la puissance pour le salut, Jésus est non seulement la porte d’entrée à la vie, il est le fondement même de la vie—il est précieux pour nous.

C’est Jésus le fondement de notre communauté. C’est lui le vrai pasteur de l’église. C’est lui qui nous soutient, c’est lui qui s’est humilié afin de nous élever. C’est lui qui a pris tout ce que j’ai mérité. Non seulement Jésus a enlevé le poids de condamnation qui était sur nous, mais il nous a appelé à vivre, à sortir des ténèbres et à vivre dans la lumière ! Il nous donne des yeux pour voir, des oreilles pour entendre la vérité sur qui nous sommes, de ce pour quoi nous avons été créés, et de voir cette destinée comme la plus belle fin qu’un être humain puisse imaginer.

Il nous a appelés des ténèbres à la lumière—les aveugles voient, les morts sont ressuscités, les pécheurs sont transformés. Nous qui n’étions pas un peuple sommes maintenant un peuple ; nous qui ne recevions pas de compassion recevons maintenant la compassion. C’est le message de l’évangile. C’est ce que Jésus a fait pour nous, et qu’il continue à faire pour nous.

NOTRE IDENTITÉ COLLECTIVE : QUI SOMMES-NOUS ? - 2ÈME PARTIE (V. 9-10)

UN PEUPLE, UNE NATION

Pierre nous dit que nous sommes individuellement des pierres qui forment la maison de Dieu, et que Jésus est la pierre angulaire, le fondement de cette maison. Déjà, nous voyons le côté collectif de cette image : une brique toute seule ne sert pas à grand-chose, ce n’est qu’ensemble avec les autres briques qu’elle arrive à trouver sa place. Mais maintenant, Pierre va encore plus loin, en mettant de côté l’image (une maison) pour parler de la réalité (un peuple).

Vous, au contraire, vous êtes un peuple choisi, des prêtres royaux [litt. “une prêtrise royale”], une nation sainte, un peuple racheté afin de proclamer les louanges de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière. 10 Vous qui autrefois n'étiez pas un peuple, vous êtes maintenant le peuple de Dieu; vous qui n'aviez pas obtenu compassion, vous avez maintenant obtenu compassion.

Pierre a écrit cette lettre à des chrétiens qui étaient pour la plupart des non-juifs, ceux qui ne faisaient pas partie du peuple d’Israël. Le peuple d’Israël, comme nous voyons dans l’Ancien Testament, était un peuple choisi de Dieu, mis à part pour lui appartenir, aimé de Dieu, dans son service. Pierre dit à ces chrétiens non-juifs que maintenant eux aussi font partie de ce peuple choisi de Dieu, qu’eux aussi sont devenus des prêtres royaux, qu’eux aussi faisaient partie de cette nation sainte. 

Mais le peuple avait toujours un problème : Dieu leur a donné une loi, et ils n’ont jamais pu respecter la loi jusqu’au bout. Leur péché, leur imperfection intérieure, prenait toujours le dessus ; ils n’ont jamais réussi à être assez saints pour accéder à Dieu.  

C’est pour cela que Pierre a ajouté une dernière facette à leur identité communautaire : vous êtes un peuple choisi, des prêtres royaux, une nation sainte, un peuple racheté, un peuple dont le prix des fautes a été payé, afin qu’elles ne soient plus comptées contre eux (c’est ce que le mot “racheté” veut dire dans ce contexte). Dieu savait que son peuple ne pourrait jamais être assez saint pour lui. Il savait qu’il aurait besoin de quelqu’un d’autre pour accomplir sa loi à sa place. Alors il a eu compassion—il les a rachetés. Comment a-t-il fait cela ? Il l’a fait par la vie parfaite, la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Et pourquoi l’a-t-il fait ? afin [que nous proclamions] les louanges de celui qui [nous] a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière.

C’est vrai pour nous aussi aujourd’hui—nous sommes dans exactement le même cas que les chrétiens non juifs auxquels Pierre écrivait. Notre foi en Christ prouve que nous sommes aussi un peuple choisi de Dieu, mis à part pour lui appartenir, aimé de Dieu, dans son service. (Et remarquez bien que notre identité en Christ est communautaire, pas individuelle ! Nous ne sommes pas des chrétiens satellites, mais un peuple, une prêtrise, une nation.)

Jésus a vécu une vie parfaite à notre place, qui a obéi parfaitement à la loi à notre place. Il a pris sur lui-même la punition que nous méritions tous, alors qu’il était parfait et n’avait fait aucun mal. Il a absorbé la colère de Dieu contre nous (comme une éponge), et il nous a donné toute sa perfection. Il est mort pour faire en sorte que nous, qui sommes imparfaits, puissions être considérés comme parfaits et saints aux yeux de Dieu. Et après trois jours dans le tombeau, Dieu l’a ressuscité d’entre les morts afin de prouver que son sacrifice avait été accepté. Jésus est celui qui nous a racheté.

3) COMMENT DONC DEVONS-NOUS VIVRE ? 

Pour terminer, Pierre donne deux points d’application à tout ce qu’il vient de nous dire : premièrement, à l’égard de nous-mêmes, deuxièmement, à l’égard du monde qui nous entoure.

11 Bien-aimés, je vous encourage, en tant que résidents temporaires et étrangers sur la terre, à vous abstenir des désirs de votre nature propre qui font la guerre à l’âme.

Maintenant que Pierre a établi que nous sommes un peuple choisi, une nation sainte, il va un peu plus loin—puisque Dieu nous a mis à part pour son service, nous ne sommes plus véritablement “chez nous” dans ce monde; du moins, pas encore. Nous sommes des “résidents temporaires et étrangers sur la terre”. Et Pierre dit que c’est en tant que résidents temporaires, étrangers, que nous devons nous abstenir des désirs de notre nature. 

L’image est simple à comprendre. Nous sommes des étrangers et des résidents temporaires dans un monde qui n’est plus chez nous. Nous avons été transportés d’une patrie à une autre. Ce monde, tel qu’il existe aujourd’hui, n’est plus chez nous. Ça veut dire que nous serons constamment sous la tentation de vivre selon les mœurs et les coutumes du pays dans lequel nous vivons. 

Je suis un américain qui vit en France. Je vis ici, je travaille ici, j’aime la France. Mais je ne suis pas français. Même si je suis naturalisé, je ne serai jamais totalement français. Il y a des aspects de la culture française qui sont bons, que je peux adopter, que j’aime; il y en a d’autres que je ne pourrais pas adopter même si je voulais le faire—je ne peux pas obtenir un accent parfaitement français, je ne peux pas me forcer à réagir comme un français. De la même façon, le monde a beaucoup de belles choses, que nous devrions aimer, qui sont bonnes, que Dieu a créées. 

Mais il y en a d’autres que nous, en tant que résidents temporaires et étrangers, ne pouvons pas accepter si nous voulons être fidèles à Dieu. Pierre les appelle les “désirs de notre nature propre”, c’est-à-dire des aspects de notre nature qui ont été tordus et pervertis par le péché et qui ne reflètent plus l’image de Dieu en nous, qui nous éloignent peu à peu de Dieu. Nous savons quelles sont ces choses en lisant la Bible—le mensonge, la convoitise, la jalousie, le vol, etc.—et Pierre nous dit que ces choses-là “font la guerre à l’âme” : elles mettent des obstacles devant nos yeux afin que nous ne voyions plus la vérité de manière claire.

Et là, il faut se rappeler que Pierre nous dit tout ça dans le contexte de la communauté. Vu le contexte, il est naturel que Pierre utilise l’image de la guerre. Brad House dit : “Dans le boxe, on se bat seul ; dans la guerre, on se bat en tant que nation. La sanctification”—le processus de devenir de plus en plus saints, de ressembler plus en plus à Dieu—“n’est pas un combat individuel, mais un combat que nous menons en communauté. En nous parlant continuellement de l’évangile et en vivant ses implications ensemble, [la sanctification devient possible].” Nous devons donc être une communauté unie pour combattre le péché et pour cheminer ensemble vers la sainteté.

Ensuite, Pierre dit : 12 Ayez une bonne conduite au milieu des non-croyants, afin que, là même où ils vous calomnient comme si vous faisiez le mal, ils remarquent votre belle manière d’agir et rendent gloire à Dieu le jour où il interviendra.

Nous voulons être des personnes qui aiment Paris, qui aiment Châtelet-Les Halles, qui aiment les non chrétiens—pas en tant que “convertis potentiels” (qu’est-ce qu’il y a de pire que cela ?!), mais en tant que personnes. Mais nous voulons être des gens qui restent tout de même différents, transformés, “étrangers”. Cette différence n’est pas une fin en soi—la différence n’est pas le but. Le but est que cette différence soit vue comme admirable par les non croyants, qui admirent le changement en nous qui a eu lieu, et qui commencent à le désirer pour eux-mêmes. (C’est ainsi que Loanne a rencontré Jésus. Je vous encourage vivement à aller la voir pour qu’elle vous raconte l’histoire.) Le but est que par le témoignage de nos vies ensemble, le monde puisse désirer connaître Dieu.

Comme je l’ai dit, cette exhortation d’être “différents” est donnée dans le contexte plus grand de la communauté—et c’est totalement logique. Le changement en nous va se manifester de manière visible par la manière dont nous vivons ensemble : comment nous réagissons au conflit, comment nous prenons soins les uns des autres. Pourquoi ?

La Bible—et notamment les lettre du Nouveau Testament—nous donne beaucoup d’exhortations concernant comment les chrétiens devraient se traiter, comment nous devons gérer notre relations les uns avec les autres. Lorsqu’on les lit, on constate rapidement une vérité simple : la plupart des exhortations bibliques sont IMPOSSIBLES à mettre en pratique en dehors d’une communauté de personnes qui partagent leurs vies les unes avec les autres, qui ne se voient pas QUE le dimanche. 

Si nous ne nous voyons qu’une fois par semaine pendant une heure et demi, nous n’aurons simplement pas l’occasion de les mettre en pratique. Nous n’aurons pas besoin de nous supporter les uns les autres, d’être patients les uns avec les autres, de nous pardonner les uns les autres. On n’aura pas le temps de créer assez de friction pour le faire. L’intimité produit la connaissance—lorsque nous partageons nos vies, nous apprenons à connaître non seulement les qualités des autres, mais aussi leurs défauts. Et ce n’est qu’à ce moment-là que nous serons obligés de nous supporter, de nous pardonner, d’être patients. La plupart des exhortations bibliques n’ont aucun sens en dehors d’une communauté intime.

Nous sommes créés à l’image de Dieu, et le but de Jésus quand il nous sauve, c’est de nous rendre capables de montrer l’image de Dieu au monde autour de nous. Nous sommes créés pour montrer au monde la grâce et la miséricorde de Dieu pour les pécheurs que nous sommes, et nous ne pouvons l’accomplir qu’en nous montrant aussi de la grâce et de la miséricorde en communauté. Le témoignage d’une communauté est plus fort que celui d’un individu—il surprenant au plus haut degré de voir les gens qui sont différents, d’horizons différents, de caractères différents, s’aimer mutuellement à cause de l’amour que Dieu leur a montré. C’est pour ça qu’on veut faire des choses “normales” ensemble—qu’on veut dîner ensemble, passer du temps à discuter, se balader ensemble… On a du mal à inviter des non chrétiens à venir à l’église, mais il est facile de les inviter à manger. Et lorsqu’ils nous voient dans ce contexte-là, ils auront l’occasion  de voir l’amour que nous avons les uns pour les autres et glorifier Dieu (Jean 13.35). 

CONCLUSION

Et c’est là le but de la communauté—c’est là où je vais conclure. 

Dieu est glorifié lorsqu’il manifeste son amour envers nous dans la personne et dans le sacrifice de Jésus-Christ. Il est glorifié lorsqu’il nous rachète par le sang de son Fils, lorsqu’il fait de nous des pierres vivantes qu’il utilise pour construire son habitation. Il est glorifié lorsqu’il nous permet de goûter aux excellences de Jésus, qui nous a appelé des ténèbres à sa lumière. Il est glorifié lorsqu’il nous transforme ensemble, lorsqu’il nous permet de nous aimer mutuellement, de nous amener mutuellement plus près de Dieu. Il est glorifié lorsque le monde voit une communauté de personnes transformées par l’œuvre de Jésus. Et il sera glorifié lorsque le monde [remarquera] votre belle manière d’agir et [rendra] gloire à Dieu le jour où il interviendra.