avent : Tout est grâce

Luc 1.46-55

Jason Procopio

Depuis le début du mois de décembre nous fêtons l’Avent, la période de l’année qui précède Noël. La première semaine, nous avons vu une des multiples prophéties qui annonçaient la venue de Jésus, le Messie, le Sauveur de son peuple. La semaine dernière nous avons entendu l’explication de sa venue, pourquoi il est né — comme Etienne l’a dit, il est né pour mourir, et mort pour sauver. Peut-être qu'il aurait été plus logique de mettre ce message à la fin de cette série, car chronologiquement l’épître aux Hébreux a été écrite après la naissance de Jésus. Mais l’histoire de la naissance de Jésus nous est devenue tellement familière que sans savoir ce que nous lisons, nous avons peut-être tendance à ne pas être impressionnés. Or le but de cette histoire et de cette période est justement de nous impressionner, de nous émerveiller de la fidélité et la grâce de Dieu qui a envoyé son Fils pour sauver son peuple. 

C’est pour cela que nous avons vu l’annonce et l’explication de sa naissance avant de nous pencher sur le récit de sa naissance. Nous allons passer les trois semaines à venir à voir en détail l’histoire de la naissance de Jésus dans l’évangile selon Luc, et je prie que Dieu nous donne de garder toujours en tête l’annonce et l’explication de cette histoire, pour nous permettre à nous qui la connaissons de nous émerveiller plus que jamais de la la grâce de Dieu.

Lisons donc dans l’évangile selon Luc, au chapitre 1, à la page 660. Dans les deux premiers chapitres de l’évangile selon Luc, nous ne voyons pas une seule naissance, mais deux, celle de Jésus et celle de son cousin, Jean-Baptiste, toutes les deux prédites par l’annonce d’un ange. L’ange apparaît d'abord à Zacharie, l'un des prêtres du temple, et lui dit que sa femme, qui était âgée et n’avait pas pu avoir un enfant auparavant, aurait un fils, et ce fils serait celui qui annoncerait la venue du Messie. Zacharie n’y croit pas vraiment, il dit : “Mais je suis vieux, ma femme est vielle, comment est-ce possible ?” En réponse, l’ange rend Zacharie muet jusqu’à la naissance du garçon. Zacharie sort du temple, et les gens voient qu’il ne peut plus parler. Et Elisabeth, sa femme âgée, tombe enceinte. 

C’est dans ce contexte que nous retrouvons Marie, la jeune cousine d’Elisabeth, pour la première fois. L’ange apparaît à Marie pour lui dire qu’elle aura un enfant, et que cet enfant sera le Fils du Très-Haut. Marie part donc voir sa cousine Elisabeth, qui l’encourage dans la certitude que c’est une bénédiction. Et c’est là que Marie prie sa prière célèbre, qu’on appelle le “Magnificat”. C’est cette prière que nous allons voir en détail.

La grâce

Cette histoire est une histoire de grâce. L’ange de Dieu arrive devant Marie et lui dit (v. 30) : N’aie pas peur, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. L’Eglise catholique croit que Marie a été sans péché, et que c’est pour cela que Dieu a permis qu’elle porte Jésus. Mais la Bible est claire et explicite : ce n’est pas que Marie n’ait jamais péché (le seul qui n’a jamais péché est Jésus), mais que Dieu lui a fait grâce.

Qu’est-ce que la grâce ? Le dictionnaire Larousse donne une définition de la grâce dans son sens religieux : la grâce est “un don ou secours surnaturel que Dieu accorde aux hommes pour leur salut.” Et même si cette définition n’est pas fausse, elle n’est pas vraiment suffisante, car il pourrait y avoir plein de raisons pour lesquelles Dieu accorde ce don : on peut imaginer qu’il nous l’accorde parce que nous avons accompli des rites ou des rituels, parce que nous vivons des vies saintes, parce que nous montrons de la compassion envers les autres… Mais la Bible est explicite et montre que ce n’est pas le cas.

Mon père m’a donné une définition de la grâce telle qu’on la trouve dans la Bible, et elle est toujours restée dans mon esprit. Il l’a fait en comparant le mot “grâce” avec le mot “miséricorde”, et en imitant le bruit qu’on fait dans chacune des circonstances. La miséricorde, dit-il, c'est lorsque l’on mérite une punition mais qu'on en est épargné. Le bruit qu’on fait alors, c’est “Phew!”. La grâce, par contre, c'est lorsque l’on mérite cette même punition… et non seulement on en est épargné, mais on reçoit en plus une bonté inattendue. Le bruit qu’on fait alors, c’est “Wow!”

C’est une image simpliste, mais efficace. Voyez-vous, la grâce n’est pas moindre que la miséricorde, au contraire elle la dépasse largement. La grâce, c’est quand non seulement on est épargné d’une punition qu’on méritait, et qu’on reçoit en plus quelque chose de merveilleux qu’on ne méritait pas. 

Et nous voyons dans la prière de Marie de la grâce partout. Elle proclame — très justement — que tout est grâce : l’épreuve est une grâce, la bonté est une grâce, le jugement est une grâce, et le salut est une grâce.

1) L’épreuve est une grâce

46 Marie dit: «Mon âme célèbre la grandeur du Seigneur 47 et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur, 48 parce qu'il a porté le regard sur son humble servante. En effet, voici, désormais toutes les générations me diront heureuse, 49 parce que le Tout-Puissant a fait de grandes choses pour moi.

La raison pour laquelle je dis que c’est une épreuve n’est pas immédiatement évidente, mais imaginez-vous la situation. Marie est une jeune femme (très jeune, selon certaines estimations) fiancée à un homme qui s’appelle Joseph.  L’ange Gabriel vient à elle et lui dit qu’elle aura un fils, et que ce fils serait le Fils de Dieu, le Sauveur de son peuple.

C’est une nouvelle extraordinaire pour une jeune future maman. Mais il y a un hic, et il n’est pas négligeable — Marie est vierge. La nouvelle de l’ange est troublante : alors que Marie est vierge, alors qu’elle n’est pas encore mariée, elle tombera enceinte. Aujourd’hui les filles non mariées ont souvent des enfants, mais à l’époque c’était scandaleux (comme on voit dans Matthieu 1.19, où Joseph pense à rompre discrètement avec Marie pour ne pas l’exposer au déshonneur). Une grossesse hors du mariage signifierait la honte pour elle, la honte pour sa famille et la honte pour son futur époux, car coucher avec quelqu’un hors du mariage constituait un adultère, et était interdit par la loi de Moïse.

(C’est d’ailleurs pour cela que les musulmans aujourd’hui n’acceptent pas la divinité de Jésus : pour que ce soit vrai, ils imaginent que Marie aurait dû coucher avec Dieu. Leur réaction est tout à fait logique, mais basée sur une idée fausse. Il n’y a aucune relation sexuelle qui a lieu, mais un miracle. Sans relations sexuelles, sans contact avec un homme quelconque, le Saint-Esprit met dans le ventre de Marie un embryon. L’ange lui dit (v. 36) : Le Saint-Esprit viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui naîtra sera appelé Fils de Dieu.)

Alors Marie sait qu’elle n’a pas enfreint la loi, Marie sait qu’elle est innocente… mais les autres ne le sauront pas. Ce sera un scandale. Et pas seulement un scandale, mais potentiellement un danger réel, car la punition de l’adultère selon la loi de Moïse pouvait être la mort.

La réaction logique à une telle nouvelle serait la peur : la peur du scandale, la peur de la mort. Mais Marie entend un mot dans ce que dit l’ange, et plutôt que de se concentrer sur tous les dangers potentiels de cette nouvelle, elle se concentre sur un mot : grâce. V. 30 : N’aie pas peur, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Marie savait ce qui pouvait l’attendre. Elle savait que sa grossesse serait peut-être un scandale, qu’on se moquerait d’elle, qu’elle pourrait être menacée de mort. Mais elle croit ce que l’ange lui dit : “la grâce qui t’est faite est plus grande que les dangers qui t’attendent.” Alors elle dit : Mon âme célèbre la grandeur du Seigneur 47 et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur… toutes les générations me diront heureuse, 49 parce que le Tout-Puissant a fait de grandes choses pour moi.

C’est une grâce que Dieu a faite à Marie non seulement de porter le Messie dans son ventre, mais aussi de comprendre que c’est une grâce. Avez-vous déjà été en face d’une situation qui vous a fait peur ? qui vous a déstabilisé ? qui vous a fait trembler ? Nous croyons ici que Dieu est souverain sur tout, et nous affirmons avec la Bible que tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés conformément à son plan (Romains 8.28)

Cela veut dire que pour l’enfant de Dieu, même les douleurs sont une grâce. Même la souffrance est une grâce. Tout ce par quoi nous passons est une grâce, car nous sommes appelés conformément à son plan, et son plan est bon. Son plan contribue toujours à sa gloire et à notre bien. Alors même lorsque nous souffrons, même lorsque nous sommes face à une situation qui pose un danger imminent pour nous, nous savons que derrière cette situation, derrière cette souffrance, Dieu est en train d’accomplir quelque chose qui sera merveilleux. Il est en train d’accomplir notre bien et sa gloire.

La grâce que Dieu a faite à Marie ici est bien plus que celle de porter le Sauveur du monde dans son ventre : c’est aussi la grâce d’avoir de nouveaux yeux, des yeux qui regardent au-delà de la situation présente et qui voient la bénédiction derrière elle. 

Charles Spurgeon, le prédicateur anglais très célèbre, a souffert d’une dépression chronique pendant toute sa vie ; parfois il se mettait à pleurer pendant des heures sans savoir pourquoi il pleurait. Pour vous qui en avez souffert, vous savez que c’est une épreuve extrêmement difficile. Mais Spurgeon considérait sa dépression comme une grâce. Il dit : “La seule bénédiction de Dieu qui soit plus grande qu’une bonne santé, c’est la maladie… Je crains que toute la grâce reçue lors de mes journées faciles et heureuses pourraient se mettre sur une pièce de monnaie. Mais le bien que j’ai reçu par mes souffrances, mes douleurs, mes deuils, est incalculable… L’affliction est le meilleur meuble dans ma maison. Elle est le meilleur livre dans la bibliothèque d’un serviteur de Dieu.”

Marie répond, non pas avec de la résignation simple, mais avec joie. Mon âme célèbre la grandeur du Seigneur 47 et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur.

L’épreuve par laquelle elle devait passer était une grâce.

2) La bonté est une grâce

Ensuite Marie reconnaît la grâce que Dieu montre non seulement envers elle, mais envers le monde entier. Et de manière très sage elle fait un aller-retour entre la bonté que Dieu montre à ceux qui le craignent et le jugement qu’il porte envers ceux qui ne le craignent pas.

49 Son nom est saint, 50 et sa bonté s'étend de génération en génération sur ceux qui le craignent. 51 Il a agi avec la force de son bras (bonté), il a dispersé ceux qui avaient dans le cœur des pensées orgueilleuses (jugement). 52 Il a renversé les puissants de leurs trônes (jugement) et il a élevé les humbles (bonté). 53 Il a rassasié de biens les affamés (bonté) et il a renvoyé les riches les mains vides (jugement).

Déjà, nous voyons que la bonté de Dieu est une grâce : 50 sa bonté s'étend de génération en génération sur ceux qui le craignent… Lorsque la Bible parle de la “crainte de Dieu”, elle parle d’un respect profond et d’une connaissance de la hauteur et de la grandeur de Dieu. C’est le sentiment que nous avons lorsque nous sommes au bord du Grand Canyon, lorsque nous sommes en haut du Mont Blanc, lorsque nous marchons près d’un lion. Ce qui nous remplit de la crainte de Dieu, c’est la connaissance de sa puissance et de sa justice… ce qui rend sa bonté encore plus spectaculaire.

51 Il a agi avec la force de son bras… Certains croient que même si Dieu est puissant, il n’est pas très actif, il attend de voir ce que l’homme va faire. Et s’il est attristé, il nous laisse faire, pour que notre libre arbitre reste intacte. Mais la Bible ne dit rien de tel. Sa force est inégalée, mais pas inactive ; il a agi avec la force de son bras. Il met en action ce qu’il dit, et il est assez puissant pour tenir les promesses qu’il fait. 

52b Il a élevé les humbles… Ceux qui reconnaissent Dieu comme grand, ceux qui se reconnaissent comme petits, ceux qui se rendent compte de leur état d’hommes et de femmes impuissants par rapport à ce grand Dieu puissant, seront relevés. Dieu porte une attention particulière envers les petits de ce monde. Il se sert de ceux que le monde a rejetés — des personnes non éduquées, des personnes qui aux yeux du monde ont peu de valeur — pour accomplir son plan, et leur donne une position d’honneur. Marie, qui est dans une position d’humilité extrême avec la possibilité du scandale et du mépris, sait que cette épreuve sera vraiment pour elle un grand honneur (On verra la même chose la semaine prochaine avec les bergers).

53 Il a rassasié de biens les affamés… Le réconfort que donne cette phrase est énorme. Dieu porte une attention particulière envers ceux qui sont dans le besoin. Ceux qui ont faim ont une perspective claire sur le monde : toutes les autres envies sont éclipsées par ce désir d’être rassasié. La venue de Jésus marque l’arrivée d’une nouvelle ère spirituelle, alors la satisfaction qu’il apporte avec lui est une satisfaction spirituelle, et finalement ceux qui ont faim de lui se rendront compte qu’ils n’auront besoin de rien d’autre. Jésus dira plus tard dans sa vie : Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés! (Matt. 5.6) Ceux qui voient leur besoin de lui, ceux qui sont affamés de lui, voient leurs besoins abondamment satisfaits.

3) Le jugement est une grâce

Il est facile de voir pourquoi la bonté est une grâce. Mais Marie dit aussi que Dieu porte un jugement contre le péché (les fautes que nous commettons), il est un peu plus difficile de voir comment ce jugement de Dieu est aussi une grâce. 51 Il a dispersé ceux qui avaient dans le cœur des pensées orgueilleuses… 52 Il a renversé les puissants de leurs trônes… 53 Il a renvoyé les riches les mains vides…

Comment le jugement de Dieu contre le péché est-il une grâce ? Cette question même révèle le cœur de notre société, car lorsqu’on la pose, on sous-entend deux présupposés : 1) que le jugement est forcément mauvais ; et 2) que l’autorité qui a le droit d’exercer ce jugement est aussi mauvaise. Nous vivons dans une société qui n’aime pas l’autorité. Ce fait s’explique en partie par notre arrière-plan historique. La révolution française a fait qu’on doute de l’intégrité de l’autorité du gouvernement (et du coup l’autorité en général).

C’est peut-être vrai, mais pas suffisant. Car ce ne sont pas que les français qui n’aiment pas l’autorité, mais l’être humain en général, et ce, depuis le début. La semaine dernière Etienne a lu  Genèse 3, qui parle de la chute de l’homme. La Bible dit que la première tentation du monde était de faire douter du bien-fondé de l’autorité de Dieu, de faire croire à l’homme qu’il serait mieux pour lui qu’il soit sa propre autorité, plutôt que de vivre sous l’autorité de Dieu. Et depuis, nous sommes tous nés avec ce rejet naturel de l’autorité. (Ex. Jack qui veut nous imposer son autorité. La société ne le lui a pas appris !) Nous rejetons l’autorité à cause du péché en nous, et nous justifions ce rejet pour une raison simple : l’homme n’est pas juste. On sait que l’homme n’est pas juste, alors le rejet de l’autorité de l’homme est une manière de nous protéger de l’injustice. 

Mais il faut comprendre que si l’autorité était juste, si l’autorité ne pouvait faire d'erreur, si l’autorité n’avait à cœur que la justice et la droiture, cette autorité ne serait pas une contrainte, mais une assurance. Son jugement ne serait pas une contrainte, mais une protection.

Il en est ainsi pour Dieu. Dieu est juste. Tout ce qu’il fait, tout ce qu’il pense, tout ce qu’il proclame est juste, et donc ses jugements ne sont pas un signe d’un pouvoir dictatorial, mais un signe de compassion et de protection envers les êtres humains qu’il a créés. C’est lui qui nous a créés à son image, alors il sait mieux que nous quel comportement nous donnera le plus de joie et le plus de tranquillité. En plus, les jugements qu’il prononce nous permettent de voir et de comprendre son caractère, afin que nous puissions être transformés par lui, et que nous vivions dans la joie et dans la paix que la sainteté procure.

4) Le salut est une grâce

Marie se réjouit de la grâce que Dieu lui a montrée ; elle se réjouit de la grâce qu’il a montrée au monde en général. Et maintenant, elle se réjouit de la grâce que Dieu a montrée à son peuple en particulier.

54 Il a secouru Israël, son serviteur, et il s'est souvenu de sa bonté 55 – comme il l'avait dit à nos ancêtres – en faveur d'Abraham et de sa descendance pour toujours.»

La grâce de la bonté et du jugement de Dieu relève de ce qu’on appelle la “grâce commune”, c’est-à-dire la grâce que Dieu propose au monde entier, même à ceux qui ne l’acceptent pas. Et il y en a d’autres exemples : les progrès dans le domaine de la science et de la médecine sont une grâce ; les systèmes de gouvernement qui permettent une société où l'on est libres, où l'on n’a pas à avoir peur de la persécution, sont une grâce. 

Mais maintenant Marie parle d’une grâce très particulière : la grâce du salut que Dieu donne à son peuple, la grâce de tenir les promesses qu’il leur a faites. 

Des millénaires avant que Marie prie sa prière, Dieu avait fait une promesse à Abraham, une promesse qu’Abraham ne méritait pas. Il a établi une alliance avec lui : que ses descendants seraient le peuple de Dieu, et il serait leur Dieu. Il a donné suite à cette promesse plus tard à David, l'un des descendants d’Abraham, lui disant que l’un de ses descendants serait le roi éternel du peuple. On voit que Dieu a gardé leur lignée en vie jusqu’au jour où l’ange donne son message à Marie, descendante d’Abraham et de David. Tout au long de l’histoire, Dieu se souvient de la bonté qu’il a promise et maintenant il accomplit sa promesse.

Et cette promesse s’étend à nous aujourd’hui, car maintenant que Jésus est venu, ce n’est pas en faisant partie d’un peuple ethnique qu’on est sauvé, mais par la foi (cf Rom. 9.8, 11.17). L’image que l’apôtre Paul donne dans Romains 11.17 est celle d’une plante dans laquelle des branches étrangères ont été greffées parmi les branches existantes : ces nouvelles branches puisent de la même sève et en prennent la même vie. La famille de Dieu a commencé par Abraham, a continué jusqu’à Jésus, et à sa mort, Jésus a ouvert sa famille à tous ceux qui ont la foi en lui (cf. Actes 10.10-15).

Et du début à la fin, ce salut est une grâce. Nous ne pouvons rien faire pour la mériter ; nous ne pouvons rien faire pour la gagner ; elle nous a été promise des milliers d’années avant notre naissance — elle a été prévue pour nous même avant la création du monde (Ephésiens 1.4-6).

En plus, la foi qui nous donne accès à la grâce est elle-même une grâce, c’est un don que Dieu nous donne sans condition. Et finalement c’est le même type de grâce que Dieu a montré envers Marie : Marie n’a rien fait pour mériter d’être la mère de Jésus, elle n’a pu ouvrir ses propres yeux pour voir cela comme une bonne chose. Au contraire, l’ange lui dit : N’aie pas peur, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. 

Il en est de même pour chacun de nous. A la croix Jésus a annulé toutes les fautes qui nous condamnaient, et il nous a donné sa justice parfaite. Il a vécu une vie parfaite à notre place et il a pris la punition que nous méritions. Il a fait un échange merveilleux avec nous — sa vie parfaite contre notre injustice — et il l’a fait par grâce.

Conclusion

Luc nous enseigne en nous racontant la prière de Marie dans le contexte de sa situation que tout est grâce. L’épreuve est une grâce, la bonté est une grâce, le jugement contre le péché est une grâce, et le salut est une grâce.

Il est possible que nous lisions la prière de Marie et que nous disions : “Amen ! Je suis absolument d’accord avec tout ce qu’elle dit. Gloire à Dieu !” Mais est-ce que notre vie reflète vraiment les réalités qu’elle proclame ?

1) L’épreuve est une grâce. Nous passons tous par des épreuves plus ou moins grandes. Mais comment voyons-nous les épreuves qui nous viennent ? Avons-nous tendance à voir chaque situation difficile de manière négative, comme un fardeau ? Est-ce que nous nous lamentons sur nos souffrances, ou est-ce que nous nous en réjouissons ? 

Imaginez combien il serait incroyable de voir quelqu’un qui vient de tout perdre, qui n’a aucun secours visible, pour lequel chaque choix lui paraît pire que le précédent, et qui regarde au-delà de la situation devant lui, et fixe ses yeux sur la bénédiction promise. 

Qui dit : “Peu importe ma situation actuelle, Dieu est bon ; il veut mon bien et il accomplit mon bien. Alors même si j’ai mal, gloire à Dieu.”

2) La bonté est une grâce. Tous les jours, le soleil se lève et se couche ; il pleut sur les champs pour les nourrir ; nous avons la vie ; et pour la plupart d’entre nous, nous avons des emplois, et un logement, et des gens qui nous aiment, et des gens que nous aimons. (Preuve de grâce : as-tu déjà essayé d’aimer quelqu’un ?) Nous sommes tous entourés de bontés tous les jours. 

Mais que voyons-nous ? Sur quoi nous focalisons-nous ? De quoi parlons-nous lorsqu’on nous demande comment ça va ? Sommes-nous des témoins de la bonté de Dieu aux autres, ou avons-nous l’habitude de nous plaindre comme eux ? Ignorons-nous toutes les bontés que Dieu nous a montrées, ou alors ne pensons-nous qu’à nos difficultés ?

La foi chrétienne est une foi qui est profondément réaliste, elle n’est pas aveugle aux difficultés et aux douleurs du monde. Mais elle nous dit que l’épreuve est une grâce, et qu’il y a des bontés partout autour de nous. Que notre attitude et notre manière de parler reflètent donc cette vérité.

3) Le jugement contre le péché est une grâce. Oui, mais nous réjouissons-nous de son jugement contre le péché ? Ou est-ce que son jugement nous rend mal à l’aise ? On accepte sa vérité et peut-être sa nécessité, mais est-ce que nous aimerions ne pas devoir trop en parler ? Aimerions-nous que cet aspect du caractère de Dieu ne soit pas vrai ? 

C’est comme notre rapport avec le gouvernement, ou comme le rapport que les enfants ont avec leur parents : on veut qu’ils nous donnent de bonnes choses, mais pas qu’ils nous mettent des limites. On veut qu’ils nous protègent, mais pas qu’ils nous reprennent lorsque l'on sort du cadre qu’ils ont établi pour nous. Dieu est un Dieu juste, et son jugement est un signe de sa justice. C’est un signe de protection, d’amour et de grâce envers nous : nous devrions nous en réjouir !

4) Le salut est une grâce. Oui, mais pourquoi ne nous réjouissons-nous pas plus de notre salut ? Pourquoi ne sommes-nous pas submergés de reconnaissance envers ce salut ? Est-ce que nous nous félicitons (même inconsciemment) de notre choix de suivre Dieu ? Ou alors, est-ce que nous doutons de notre salut et nous avons peur (même inconsciemment) que si nous ne vivons pas assez bien, Dieu nous rejettera ? 

Le salut de Dieu n’est rien que la grâce — du début à la fin. On ne peut la mériter ou la gagner ou la réaliser, pas plus que l’on peut mériter le goût du café, ou gagner la beauté de la ville de Paris, ou réaliser sa propre naissance. Cela veut dire que nous ne pouvons pas nous en féliciter, et nous ne devons pas en douter. Notre salut est gratuit, sûr, solide, éternel, et assuré.

C’est ma prière aujourd’hui que Dieu nous permette non seulement de croire en sa grâce, mais de la vivre. Qu’il nous permette de voir nos épreuves comme une grâce qui nous attirera à lui ; de considérer sa bonté bien plus que nos difficultés ; d’être pleinement reconnaissants du caractère juste de Dieu et d’apprendre la justice à notre tour ; et de nous émerveiller devant la vérité que Dieu nous a sauvés, alors que nous étions ses ennemis (Romains 5.8). 

Qu’ainsi nous puissions dire avec Marie : «Mon âme célèbre la grandeur du Seigneur 47 et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur, 48 parce qu'il a porté le regard sur son humble servante. En effet, voici, désormais toutes les générations me diront heureuse, 49 parce que le Tout-Puissant a fait de grandes choses pour moi. Son nom est saint, 50 et sa bonté s'étend de génération en génération sur ceux qui le craignent. 51 Il a agi avec la force de son bras, il a dispersé ceux qui avaient dans le cœur des pensées orgueilleuses. 52 Il a renversé les puissants de leurs trônes et il a élevé les humbles. 53 Il a rassasié de biens les affamés et il a renvoyé les riches les mains vides. 54 Il a secouru Israël, son serviteur, et il s'est souvenu de sa bonté 55 – comme il l'avait dit à nos ancêtres – en faveur d'Abraham et de sa descendance pour toujours.»