Avent : Une lumière pour le peuple

Esaïe 8.20-9.6

Jason Procopio

Happy Thanksgiving! Comme nous avons entendu, Thanksgiving est la fête de la reconnaissance. Et tout à l’heure on aura l’occasion de noter les choses pour lesquelles nous sommes reconnaissants. Souvent ce sont des choses très simples (je suis reconnaissant pour ma famille, ou pour mon chien, ou pour mon travail passionnant…), mais ce serait bien dommage que nous soyons reconnaissants de toutes ces bonnes choses, alors qu’on oublie la vraie raison, la raison ultime, pour la reconnaissance. En fait, cette reconnaissance-là est ce qui nous permet de apprécier de la bonne manière les autres choses que nous avons. Alors j’aimerais qu’on passe quelques minutes à voir notre plus grande raison pour notre reconnaissance.

Vous avez surement entendu parler du train Eurostar qui a été bloqué pendant plusieurs heures entre Londres et Paris la semaine dernière. Philip et moi étions dans ce train. Il s'est arrêté, puis quelques minutes plus tard ils nous ont annoncé qu'il y avait un problème électrique et pour conserver les batteries, il faudrait baisser les lumières. Ils ont finalement dû tout couper, et d'un coup nous nous sommes trouvés dans l'obscurité presque totale (la seule source de lumière venait des téléphones portables). Nous sommes restés dans ce noir pendant six heures.

C’était drôle au départ—ça fait bizarre d’être dans un train où il fait tout noir, avec beaucoup de gens autour de nous qu’on arrive pas à voir—mais c’est devenu vite pas drôle. Je me suis levé à un moment donné pour aller prendre de l’eau au bar. Et en revenant vers mon siège, j’essayais de naviguer les valises qui sont par terre, les gens qui ont sorti leurs jambes dans l’allée. Je passe d’un wagon à l’autre. Et alors que je m’apprête à entrer dans un autre wagon, je me cogne très dur contre la porte coulissante en verre. Je me suis cogné le front et le nez tellement dur que je voyais des étoiles. Et à ce moment-là, les ténèbres ont cessé d’être drôles. A ce moment-là, je ne voulais qu’une seule chose : que les lumières se rallument, et qu’on me ramène chez moi.

Le début de notre texte de cet après-midi (Esaïe 8.20-9.6) nous parle des ténèbres. Cette image des ténèbres est une image très appropriée pour montrer l’état spirituel qu’Esaïe va nous décrire.

1) Ténèbres

Tournez avec moi au livre d’Esaïe, chapitre 8 et au verset 20 (on va commencé au milieu du verset 20). Rappelez-vous que le royaume d’Israël a été séparé en deux : il est devenu le royaume de Juda dans le sud et le royaume d’Israël dans le nord. Au moment où Esaïe parle ici, le roi de Juda s’appelle Achaz. Juste après de devenir roi, il se voit attaqué par Israël et par la Syrie. Achaz décide donc de se lier à l’Assyrie pour se défendre, et il tombe dans les pratiques idolâtres de ce pays-là. Il rejette Dieu par son idolâtrie, et il amène le peuple avec lui. A force de rejeter Dieu pour adorer des idoles, le pays est dans les ténèbres.

Voilà le contexte dans lequel Esaïe parle ici : un peuple dans les ténèbres. Lisons à partir du deuxième moitié du v. 20, où Esaïe décrit les effets des ténèbres. 8.20b: Si l'on ne parle pas de cette manière, il n'y aura pas d'aurore pour ce peuple. 21 Il [le peuple de Dieu] parcourra le pays, accablé et affamé, et, quand il aura faim, il s’irritera, maudira son roi et son Dieu et tournera les yeux en haut; 22 puis il regardera vers la terre et il n’y verra que détresse, obscurité et sombres angoisses; il sera repoussé dans d'épaisses ténèbres.

On voit qu’il n’y a pas d’aurore pour le peuple (v. 20 - litt. “aucune puissance”). Celui qui se trouve dans ces ténèbres est accablé, affamé ; il s’irrite et se rebelle contre Dieu (v. 21). Il regarde partout autour de lui et il n’y voit que de la détresse, de l’obscurité et de l’angoisse (v. 22). Le peuple est dévasté à cause des ténèbres, par le fait d’être séparé de Dieu. Et c’est bel et bien l’état de tous les êtres humains.

Il est frappant de voir à quel point la description des ténèbres dans Esaïe 8 ressemble à l’état spirituel dans lequel nous sommes tous nés. Nous n’avons aucune puissance pour nous sauver ou pour changer réellement : nous pouvons changer notre comportement, mais nous ne sommes pas vraiment capables de changer nos propres cœurs. Et même si nous sommes heureux aujourd’hui, nous connaissons tous ce sentiment d’être accablés sous un poids que nous ne comprenons pas ; d’être affamés, d’avoir faim de plus que cette vie peut nous offrir ; d’être en rébellion contre Dieu, alors qu’on se dit même qu’il n’existe pas.

Nous comprenons donc la détresse du peuple de Juda, qui marche dans les ténèbres, et finalement nous avons besoin de la même chose que ce peuple. Nous avons besoin de lumière.

Et c’est ici que la promesse de lumière est donnée. (Remarquez bien que la promesse est donnée au passé—cette promesse est tellement sure que c’est comme si elle s’était déjà accomplie.)

2) Lumière

9.1 Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière, sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre de la mort une lumière a brillé. Ce n’est pas eux qui ont “allumé” la lumière, ce n’est pas eux qui ont trouvé la lumière—la lumière a brillé sur eux. 

Et regardez ce qui se passe lorsque la lumière brille. Tu rends la nation nombreuse, tu augmentes sa joie; elle se réjouit devant toi comme on le fait lors de la moisson, comme on jubile au partage du butin. En effet, le fardeau qui pesait sur elle, le gourdin qui frappait son dos, le bâton de celui qui l’opprimait, tu les brises comme tu l’as fait lors de la victoire sur Madian. Oui, toute chaussure portée dans la bataille et tout habit roulé dans le sang seront livrés aux flammes pour être réduits en cendres. 

Lorsque la lumière brille, la vie revient. Lorsque la lumière brille, la joie revient, la joie d’une personne affamée qui se met enfin devant la table d’un festin. Lorsque la lumière brille, les fardeaux sont brisés, ce qui pesait sur nous est enlevé. Lorsque la lumière brille, la victoire est annoncée, et la guerre cesse. 

Voyez-vous à quel point les effets de la lumière ont une portée absolument gigantesque ? La lumière ne fait pas qu’illuminer : lorsque la lumière brille, celui qui était affamé est rassasié, il trouve enfin ce qu’il cherchait ; celui qui était triste est dans la joie ; celui qui était sous un fardeau voit son fardeau enlevé ; celui qui était opprimé est en paix. 

3) Celui qui apporte la lumière

Et Esaïe nous dit quelle est la source de cette lumière. En effet, un enfant nous est né, un fils nous a été donné, et la souveraineté reposera sur son épaule; on l'appellera merveilleux conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. Etendre la souveraineté, donner une paix sans fin au trône de David et à son royaume, l'affermir et le soutenir par le droit et par la justice, dès maintenant et pour toujours: voilà ce que fera le zèle de l'Eternel, le maître de l’univers.

La lumière vient par un enfant, un fils. La souveraineté est sur ses épaules (= il règne de manière puissante et parfaite). Et il s’appelle merveilleux conseiller : il est capable de faire des plans qui sont parfaits et qui se réaliseront—il est parfait en sa sagesse. Il s’appelle Dieu puissant : ce roi, cet enfant, est Dieu lui-même. Il s’appelle Père éternel : comme un bon père qui aime ses enfants, il protègera ceux qui lui appartiennent. Il s’appelle le Prince de la paix : le combat est terminé ; la victoire est gagné ; la paix est acquise ; vous pouvez vous reposer. 

Le règne de ce roi apporte la lumière : la paix, l’abondance, la joie et le repos. Et son règne durera pour toujours.

Cette promesse qu’Esaïe donne ne s’est pas réalisée pendant sa propre vie, ni pendant la vie de ceux qui l’ont entendu à l’époque. C’était une promesse qui a mis longtemps à s’accomplir. Mais c’est une promesse qui s’est réalisée lorsque Jésus-Christ est né.

Juste après sa naissance, ses parents l’ont emmené dans le temple, et le prêtre qui l’a tenu dans les bras a dit ces mots extraordinaires (Luc 2.29-32) : 29 «Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur s'en aller en paix, conformément à ta promesse, 30 car mes yeux ont vu ton salut, 31 salut que tu as préparé devant tous les peuples, 32 lumière pour éclairer les nations et gloire d'Israël, ton peuple.» Dans Matthieu 4 Jésus part justement dans la région qui est mentionné à la fin d’Esaïe 8. Et lorsqu’il le fait, Matthieu dit qu’il accomplit la promesse d’Esaïe. Matthieu 4.16 16 Le peuple assis dans les ténèbres a vu une grande lumière, et sur ceux qui se trouvaient dans le pays de l’ombre de la mort une lumière s'est levée.

Conclusion

Nous sommes là pour fêter Thanksgiving ensemble. C’est une fête de reconnaissance. Mais pour qu’on soit vraiment reconnaissants, il fait d’abord qu’on reconnaisse son besoin. J’ai une cousine qui était un enfant gâté. Sa mère lui achetait tout ce qu’elle voulait, alors à Noël quand elle ouvre un cadeau, elle est contente pendant un instant, et puis cinq minutes plus tard, elle s’en fichait, parce qu’elle n’en avait pas vraiment besoin. Ceux qui ont été dans le besoin sont capables de ressentir la reconnaissance lorsqu’ils reçoivent quelque chose de bon. Ils avaient faim, et ils mangent…alors ils sont reconnaissants. Ils avaient froid, et ils boivent un café chaud…alors ils sont reconnaissants. Plus le besoin est grand, et plus la reconnaissance est grande.

Est-ce que je suis le seul qui trouve très bizarre le fait qu’on est prêt à dépenser des sommes incroyables pour avoir des trucs qu’on va jeter un an après ? (Je dis cela pour moi aussi !) On a envie de quelque chose, et on essaie de satisfaire cette envie comme on peut, et puis on se rend compte que finalement je n’avais pas vraiment envie de ça. On ressent un besoin, mais on ne sait pas ce qui nous manque. Et voici ce qu’Esaïe dit : si nous le savons ou non, si nous voulons l’admettre ou non, nous sommes tous dans le besoin, et c’est un besoin absolu, un besoin total, un besoin qui est impossible à satisfaire. Et ce besoin, c’est le besoin d’être réconciliés avec Dieu, de voir et vivre dans sa lumière. Sans lui, nous sommes peut-être heureux, mais nous ne sommes pas capables d’être au comble du bonheur, parce que ce qui donne ce bonheur est au-delà de notre portée. Nous sommes dans le besoin absolu.

Et cette nouvelle est une nouvelle merveilleuse, pour deux raisons. Premièrement, la nouvelle de notre besoin est merveilleuse parce que Jésus-Christ a répondu à notre besoin : il a apporté la lumière qu’il nous fallait : il nous a donné la possibilité d’être réconciliés avec Dieu, et cette réconciliation est la source de la joie et la paix dont Esaïe a parlé. Et deuxièmement, la nouvelle de notre besoin est merveilleuse parce que si notre besoin est absolu, nous avons l’opportunité de ressentir la reconnaissance absolue. Plus le besoin est grand, et plus la reconnaissance est grande. Le besoin total, qui est satisfait, produit une reconnaissance totale—et cette reconnaissance est merveilleuse. Il n’y a rien de plus plaisant que la reconnaissance, d’autant plus la reconnaissance au plus haut degrés.  Nous sommes dans le besoin, et ce qui peut satisfaire ce besoin est maintenant à notre portée. La lumière a brillé sur nous.

Vous voyez, au Thanksgiving on dit toutes les choses dont on est reconnaissants, et c’est bien. Nous devrions être reconnaissants pour les bonnes choses que nous avons…mais si nous sommes reconnaissants pour ces choses-là, alors que nous oublions la vraie raison pour notre reconnaissance, nous avons tout raté.

C. S. Lewis a dit : “Nous sommes des créatures qui se contentent du médiocre, qui courent après la boisson, le sexe et la gloriole, alors que des joies infiniment plus élevées leur sont offertes. Nous ressemblons à un enfant qui persiste à vouloir trouver son bonheur en faisant des pâtés avec la boue à bord d’une flaque d’eau et qui refuse un séjour au bord de la mer, parce qu’il ne peut le concevoir. Nous nous satisfaisons beaucoup trop facilement.” Cette “joie infiniment plus élevée”, c’est la joie que nous avons d’avoir vécu dans les ténèbres et de voir enfin la lumière briller. C’est le souvenir de notre besoin infini, qui a été comblé par le bien infini qui est Jésus-Christ. En lui, la vie revient, la joie revient, nos faims sont satisfaites, nos fardeaux sont enlevés, et la paix s’installe.

Pendant cette fête du Thanksgiving, rappelons-nous qu’en lui, nous trouvons la satisfaction ultime du besoin ultime. En lui, nous avons la raison pour une reconnaissance sans égal, une gratitude infiniment grande.