le fils : “Père, révèle la gloire de ton nom.”

Jean 12.27-50

Jason Procopio

Jean 12.27-50 : 

27 Maintenant mon âme est troublée. Et que dirai-je? Père, délivre-moi de cette heure? Mais c'est pour cela que je suis venu jusqu'à cette heure. 28 Père, révèle la gloire de ton nom!» Une voix vint alors du ciel: «J'ai révélé sa gloire et je la révélerai encore.»

29 La foule qui était là, et qui avait entendu, disait que c'était le tonnerre. D'autres disaient: «Un ange lui a parlé.» 30 Jésus reprit la parole: «Ce n'est pas à cause de moi que cette voix s'est fait entendre, c'est à cause de vous. 31 C'est maintenant qu'a lieu le jugement de ce monde; c'est maintenant que le prince de ce monde va être jeté dehors. 32 Et moi, quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi.» 33 (Par ces paroles, il indiquait de quelle mort il allait mourir.) 34 La foule lui répondit: «Nous avons appris par la loi que le Messie vivra éternellement. Comment donc peux-tu dire: ‘Il faut que le Fils de l'homme soit élevé’? Qui est ce Fils de l'homme?» 35 Jésus leur dit: «La lumière est encore pour un peu de temps parmi vous. Marchez pendant que vous avez la lumière afin que les ténèbres ne vous surprennent pas, car celui qui marche dans les ténèbres ne sait pas où il va. 36 Pendant que vous avez la lumière, croyez en elle afin de devenir des enfants de lumière.» Après avoir dit cela, Jésus s'en alla et se cacha loin d’eux.

37 Malgré tous les signes miraculeux qu'il avait faits devant eux, ils ne croyaient pas en lui. 38 Ainsi s'accomplit la parole annoncée par le prophète Esaïe: Seigneur, qui a cru à notre prédication? Et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé? 39 Esaïe a dit encore pourquoi ils ne pouvaient pas croire: 40 Il a aveuglé leurs yeux et il a endurci leur cœur pour qu'ils ne voient pas de leurs yeux, qu'ils ne comprennent pas dans leur cœur, qu'ils ne se convertissent pas et que je ne les guérisse pas. 41 Esaïe dit cela lorsqu'il vit sa gloire et qu'il parla de lui.

42 Cependant, même parmi les chefs, beaucoup crurent en lui; mais, à cause des pharisiens, ils ne le déclaraient pas, de crainte d'être exclus de la synagogue. 43 En effet, ils aimèrent la gloire des hommes plus que la gloire de Dieu.

44 Quant à Jésus, il s'écria: «Celui qui croit en moi ne croit pas seulement en moi, mais en celui qui m'a envoyé, 45 et celui qui me voit voit celui qui m'a envoyé. 46 Moi, la lumière, je suis venu dans le monde afin que quiconque croit en moi ne reste pas dans les ténèbres. 47 Si quelqu'un entend mes paroles mais n’y croit pas, ce n'est pas moi qui le juge, car je suis venu non pour juger le monde, mais pour le sauver. 48 Celui qui me rejette et qui n’accepte pas mes paroles a son juge: la parole que j'ai annoncée, c'est elle qui le jugera, le dernier jour. 49 En effet, je n'ai pas parlé de ma propre initiative, mais le Père, qui m'a envoyé, m'a prescrit lui-même ce que je dois dire et annoncer, 50 et je sais que son commandement est la vie éternelle. C'est pourquoi ce que j'annonce, je l'annonce comme le Père me l'a dit.»

Jeudi matin, l’humoriste Sophia Aram a dit sur France Inter : “Admettons que Dieu existe, […] à quel point faut-il être crétin pour aller punir en son nom des dessinateurs, des journalistes sous prétexte qu'ils l'auraient vexé, troublé, blessé, insulté, titillé, énervé… Comment ne pas imaginer une seule minute que si Dieu existe, Dieu ne puisse pas faire le travail lui-même ? Du coup, en l'absence de réaction de Dieu en personne, j'imagine qu'il n'y a que deux hypothèses possibles : soit il s'en contre-cogne, soit il n'existe définitivement pas. […] personnellement, l'irruption de ces deux sinistres crétins me fait pencher vers la deuxième hypothèse.” 

Sa réponse est tout à fait normale. Néanmoins, nous croyons ici que Dieu existe, et qu’il n’est pas impuissant. Alors la question que nous nous posons naturellement devient : Pourquoi permettrait-il une telle chose ? Il faut dire tout de suite que nous ne pouvons pas savoir les raisons pour lesquelles Dieu fait des choses qu’il fait et permet des choses qu’il permet. Il ne nous a pas donné la raison précise de chaque situation difficile ou dramatique que nous pouvons rencontrer. Mais il nous a donné tout ce qu’il faut pour savoir répondre à ces situations, et lui faire confiance au milieu d’elles. 

Je pourrais vous apporter un message très simple d’encouragement, mais je pense que je serais en défaut par rapport à mes obligations si je faisais cela, car un tel encouragement léger vous fera peut-être du bien aujourd’hui, mais demain, lorsqu’une autre situation difficile arrivera dans votre vie, cet encouragement ne s’appliquera pas forcément. Mon rôle de pasteur consiste à prêcher les vérités solides de la Bible qui permettront d’affronter toute souffrance, toute difficulté. Si vous me permettez l’image, si nous ne voulons pas que notre bateau se renverse lors des tempêtes, il faut qu’on y mette du lest qui pèse lourd.

C’est pour cela que j’ai choisi de simplement continuer dans notre série sur l’Evangile selon Jean, car le texte d’aujourd’hui parle du plus grand lest que la Bible propose. Et ce lest, c’est la passion de Dieu pour sa gloire. Il faut bien nous familiariser avec ce mot “gloire”, car c’est un mot qui est omniprésent dans la Bible. Déjà, qu’est-ce que ça veut dire ? John Piper propose une définition : “La gloire de Dieu, c’est sa grandeur, sa puissance, sa splendeur, sa bonté, sa sagesse… rendues visibles.” Une passion pour la gloire de Dieu est le meilleur outil qui soit à notre disposition. C’est une grâce que Dieu nous donne de nous révéler sa gloire, car il nous a créés pour sa gloire — et personne n’est plus comblé que celui qui fait ce pour quoi il est créé.

Jésus prie (v. 28a) : Révèle la gloire de ton nom. Il sait que le but de Dieu dans tout ce qu’il fait, c’est de montrer sa gloire au monde. Alors il reçoit une réponse favorable de la part de Dieu (v. 28b) : Une voix vint alors du ciel: «J'ai révélé sa gloire et je la révélerai encore.»

La question devant nous aujourd’hui est : Comment Dieu révèle-t-il sa gloire ? Jean nous donne la réponse dans le passage qui suit. Il y a quatre aspects de la gloire de Dieu mentionnés dans ce passage, et vus ensemble ils font deux paires qui semblent au premier abord se contredire, mais qui en fait se complètent. Alors notre but aujourd’hui sera d’essayer de voir comment Dieu révèle sa gloire 1) dans le jugement et dans la miséricorde, et 2) dans sa souveraineté et dans la responsabilité qu’il nous donne, et comment cette vision de Dieu nous permet de tenir bon face aux souffrances de la vie (comme celle de cette semaine). Ce sera peut-être compliqué, mais seulement ces vérités pourront nous permettre d’affronter la souffrance.

I. La gloire de Dieu : jugement et miséricorde

a. Jugement 

29 La foule qui était là, et qui avait entendu, disait que c'était le tonnerre. D'autres disaient: «Un ange lui a parlé.» 30 Jésus reprit la parole: «Ce n'est pas à cause de moi que cette voix s'est fait entendre, c'est à cause de vous. 31 C'est maintenant qu'a lieu le jugement de ce monde; c'est maintenant que le prince de ce monde va être jeté dehors.

Nous voyons que le jugement sera contre “ce monde”. La Bible fait un contraste fréquent entre “ce monde” et le “royaume de Dieu”, entre ce monde de ténèbres et le monde de lumière que Jésus est venu instaurer, entre ce monde qui a pour prince le diable et l’autre monde qui a pour Roi Jésus.

Alors le jugement sera contre le monde en rébellion contre Dieu et contre le diable qui en est son prince. Et jusqu’à ce point, ça peut aller encore. On peut imaginer qu’il parle de l’homme dans l’abstrait. Mais ce n’est plus possible si nous continuons à lire. V. 48 : Celui qui me rejette [donc, chaque individu qui le rejette] et qui n’accepte pas mes paroles a son juge : la parole que j'ai annoncée, c'est elle qui le jugera, le dernier jour. 

Tu reçois un coup de fil d’un client au travail ; suite à la discussion, tu dois remplir un formulaire pour le client. Et tu oublies de le faire. Alors on vient te voir pour demander pourquoi tu ne l’as pas fait. Il est toujours possible de mentir en disant que tu n’as jamais parlé au téléphone avec ton client — et donc, ce n’est pas de ta faute. Ce serait ta parole contre la sienne. Mais si l’échange a eu lieu par email, ton mensonge ne marchera pas ; il serait facile d’aller récupérer un email effacé de ton disque dur. L’email récupéré sert de témoignage qui te jugera coupable de l’erreur.

De même, Jésus dit que lui-même ne juge pas, mais que les paroles qu’il a prononcées servent de juge contre ceux qui se rebellent. Sa parole dit que les hommes et les femmes savent qu’ils devraient craindre, respecter et honorer Dieu, qu’ils lui doivent leur amour et leur fidélité, et elle dit aussi que tous les hommes et les femmes — sans exception — ont désobéi à ce devoir. Il faut savoir que c’est dans le sens judiciaire que ce mot “jugement” est employé : c’est un concept que nous connaissons tous, et qui est bien. Même s’il est imparfait, le système judiciaire permet de maintenir l’ordre dans la société. Si on fait un crime, on est jugé pour ce crime et doit payer le prix de ce qu’on a fait. Les seules personnes qui n’aiment pas le jugement judiciaire, ce sont ceux qui ont commis un crime. Les innocents sont tout à fait d’accord que si tu tues quelqu’un, tu dois être puni ; si tu fraudes quelqu’un, tu dois payer. Le jugement est normal, et bien… sauf si c’est nous qui sommes coupables. Et nous le sommes tous, car le cancer du cœur qui pousse les gens à tuer les autres existe en nous aussi. 

Il y a déjà des débats qui commencent suite à l’attaque contre Charlie Hebdo, où l'on parle du danger de l’Islam à cause de ce qui s’est passé. Et ces discussions, ces débats, ont leur place. Mais le problème de base qui a mené à ces attaques n’est pas l’Islam, mais le péché. Comme Jésus dit (Matthieu 5.21-22) : “21 Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens: ‘Tu ne commettras pas de meurtre; celui qui commet un meurtre mérite de passer en jugement.’ 22 Mais moi je vous dis: Tout homme qui se met [sans raison] en colère contre son frère mérite de passer en jugement; celui qui traite son frère d’imbécile mérite d'être puni par le tribunal, et celui qui le traite de fou mérite d'être puni par le feu de l’enfer.” Vous voyez, il dit que le problème qui mène au meurtre est à la base le même problème qui mène à la colère sans raison (dont nous sommes tous coupables). Ce ne sont pas les actes en eux-mêmes, mais l’état du cœur derrière cet acte. Et nous sommes tous nés avec ce même état de cœur, et Dieu jugera ceux qui restent dans cet état-là.

Alors comment est-ce que ce jugement montre-t-il la gloire de Dieu ? Le jugement de Dieu manifeste sa justice. Imaginons que les hommes qui ont attaqué Charlie Hebdo aient été arrêtés plutôt que tués, et apparaissent devant le juge. Et le juge dit : “Ah, ne vous inquiétez pas. Je sais que vous regrettez ce que vous avez fait. Alors si vous promettez de ne plus le faire, vous êtes libres.” Quelle serait notre réaction ? Nous serions révoltés ; nous serions non seulement en colère contre les hommes derrière l’attaque, mais contre le juge qui n’a pas fait justice. 

Lorsque Dieu juge la rébellion des hommes, il montre qu’il est juste — et la seule raison pour laquelle nous n’aimons pas cette justice, c’est que nous avons commis des fautes qui méritent le jugement. Si nous étions innocents, nous approuverions complètement la justice de Dieu ; nous verrions que son jugement n’est pas injuste, mais tout à fait approprié. Dieu est juste et parfaitement saint ; sa justice et sainteté lui rendent gloire. 

Ça, c’est la mauvaise nouvelle pour nous : la justice de Dieu est bonne, mais nous sommes coupables. Nous avons commis des fautes qui nous font mériter le jugement de Dieu, et nous ne pouvons pas effacer ces erreurs seuls. Et c’est là où la bonne nouvelle intervient : alors que Dieu est glorifié par sa justice, il est aussi glorifié par sa miséricorde : 46 Moi, la lumière, je suis venu dans le monde afin que quiconque croit en moi ne reste pas dans les ténèbres. 

b. Miséricorde

Retournons encore au juge. Il serait impossible d’acquitter ces hommes coupables sans qu’ils paient pour leur crime. Mais imaginez maintenant que le juge, après avoir longtemps considéré les coupables, dit : “Quelqu’un s’est proposé pour prendre votre place. Il est d’accord pour être puni à votre place. Le prix est payé. Vous pouvez donc partir.” Aux yeux de la justice, l’acquittement est du coup possible, car quelqu’un a payé pour le crime commis. Judiciairement, ils sont libres. 

Inévitablement, vous imaginez cela, et une telle idée vous met en colère. Ce n’est pas juste de les laisser partir comme ça, de voir leur peine payer par un autre. Nous trouvons que ce n’est pas juste… au moins jusqu’au moment où nous nous rendons compte que c'est nous qui sommes coupables devant le juge, et que Dieu a prévu un moyen de purger notre peine dans la personne de son Fils. Du coup, cette “injustice” est la bienvenue. 

Le prix de nos fautes est la mort — la séparation de Dieu. Mais Dieu a contemplé la culpabilité de ses enfants, et il a envoyé son Fils payer le prix de leurs fautes. A la croix Jésus a pris sur lui toutes nos fautes, tous nos péchés, et il est mort à notre place. Alors aux yeux de la justice de Dieu, nous sommes libres de notre dette. La justice est toujours faite ; Dieu portera toujours le jugement contre le péché, soit en punissant celui qui l’a commis, soit en punissant Jésus à sa place. Quoi qu’il en soit, la justice est toujours faite.

Et par miséricorde, Jésus nous invite à accepter ce qu’il a fait. 35 Jésus leur dit: «La lumière est encore pour un peu de temps parmi vous. Marchez pendant que vous avez la lumière afin que les ténèbres ne vous surprennent pas, car celui qui marche dans les ténèbres ne sait pas où il va. 36 Pendant que vous avez la lumière, croyez en elle afin de devenir des enfants de lumière.» 

Jésus a payé notre dette, et tout ce que nous avons à faire pour recevoir ce don de sa part, c’est l’accepter et marcher dans la lumière avec lui.  Et cette miséricorde qu’il nous montre, cette grâce qu’il nous donne, lui rendent gloire.

II. La gloire de Dieu : souveraineté et responsabilité

a. Souveraineté

37 Malgré tous les signes miraculeux qu'il avait faits devant eux, ils ne croyaient pas en lui. 38 Ainsi s'accomplit la parole annoncée par le prophète Esaïe: Seigneur, qui a cru à notre prédication? Et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé? 39 Esaïe a dit encore pourquoi ils ne pouvaient pas croire: 40 Il a aveuglé leurs yeux et il a endurci leur cœur pour qu'ils ne voient pas de leurs yeux, qu'ils ne comprennent pas dans leur cœur, qu'ils ne se convertissent pas et que je ne les guérisse pas. 

Jean dit que ceux qui s’obstinent dans leur refus de croire s’obstinent parce que Dieu a aveuglé leurs yeux et il a endurci leur cœur pour qu'ils ne voient pas de leurs yeux, qu'ils ne comprennent pas dans leur cœur, qu'ils ne se convertissent pas et que je ne les guérisse pas. 

Notre première réaction est évidemment d’être choqués — “On vient de dire que Dieu est juste, et cela me paraît être tout le contraire de la justice !” Mais si l'on y pense, on se rend compte qu’il n’en est pas ainsi. Les gens disent à Dieu : “Je ne veux pas de toi, je ne veux pas te suivre.” Et puis ils se mettent en colère parce qu’ils imaginent que Dieu les a empêchés de le suivre. Vous voyez l’illogisme de cette manière de penser ? Ils se mettent en colère parce que Dieu les a empêchés de faire quelque chose qu’ils ne voulaient pas faire.

Si cette idée de Dieu qui aveugle les yeux de certains et qui endurci les cœurs d'autres nous gêne, rappelons-nous que Dieu donne à chacun et à chacune exactement ce qu’ils veulent… ou bien quelque chose de meilleur. Chaque choix a ses conséquences : lorsque les gens décident de ne pas suivre Dieu, Dieu leur donne ce qu’ils veulent. Rappelons-nous aussi que le jugement nous montre la justice et la puissance de Dieu. Le plus grand but de Dieu dans tout ce qu’il fait, c’est sa gloire. En effet, le verset juste après ce que nous venons de lire (v. 41) dit : Esaïe dit cela lorsqu'il [litt. “parce qu’il] vit sa gloire et qu'il parla de lui. La souveraineté de Dieu, son pouvoir et son droit de faire ce qu’il veut des hommes qu’il a créés, lui rendent gloire.

Mais si Dieu est souverain sur le choix des gens de rejeter Dieu, il est aussi souverain sur leur choix de le suivre. Juste après que Jésus a prié que Dieu révèle la gloire de son nom, et que Dieu a répondu qu’il le ferait, Jésus dit (v. 32) : Et moi, quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi. Le mot grec pour “attirer” (ἑλκύω) veut dire littéralement attirer, tirer, ou traîner

Personne ne suivrait Jésus naturellement ; personne n’est né avec ce désir. Mais dans son amour, Jésus décide de nous attirer à lui — et encore une fois, c’est une question de voir la gloire de Dieu. Matt Chandler raconte l’histoire de sa conversion, où un ami l’a amené à l’église, et il se moquait sans cesse de la folie de ce qu’on prêchait, mais à chaque fois il avait envie de revenir, et un jour il s’est rendu compte qu’il croyait, malgré le fait que Dieu n’ait répondu à aucune de ses questions. Dieu l’a attiré, malgré lui, et lui a fait voir Christ comme merveilleux, c’est tout. Ce processus d’ouvrir nos yeux et de nous faire voir les merveilles de Jésus rend gloire à Dieu, car il témoigne de sa beauté, de sa splendeur, et de sa magnificence — Dieu n’a pas besoin de nous forcer à faire quoi que ce soit. Tout ce qu’il doit faire est ouvrir nos yeux, et le choix devient facile. Qui persisterait à faire des pâtés dans la boue alors qu’on lui propose des vacances à la mer ? Dieu ouvre nos yeux pour voir Jésus comme la merveille qu’il est, il ouvre nos yeux pour voir la gloire de Jésus, il ouvre nos yeux pour voir la grandeur et la richesse de sa grâce, et comme un papillon attiré par la lumière, nous avons envie de venir. Sa grâce est irrésistible.

Mais parfois Dieu agit de manière plus radicale. S’il attire les gens à lui, parfois il tire plus brusquement. Imaginons que Jack commence à courir vers la rue. Je crierais “Jack, arrête !” mais il ne s’arrête pas. “Jack, arrête !” Et il continue à courir. Du coup, serais-je un bon père si je disais : “Et bien, il faut qu’il apprenne ; il va faire ses propres choix.” Bien sûr que non — si je suis un bon père, je courrai après lui, et même si je dois le prendre par ses cheveux et le tirer vers moi pour ne pas qu’il se fasse écraser par une voiture, je le ferai, parce que je l’aime. 

Parfois Dieu se sert des événements tragiques pour provoquer le même effet. C. S. Lewis a dit : “La souffrance est un mégaphone pour réveiller un monde endormi.” Charlie Hebdo est un journal profondément athée ; ce n’est pas un secret. Et la réaction de certains sera de rejeter encore plus toute religion, y compris le christianisme, de trouver dans les propos du journal leur nouvel idéal. Mais l’histoire nous apprend que si certains seront repoussés du christianisme par le drame, d’autres chercheront à y trouver un refuge. Je suis sûr que même si cet événement est une tragédie (et c’est le cas), même si cet événement nous fend le cœur (et c’est le cas), certaines personnes rencontreront Jésus-Christ à cause de lui. Dieu va attirer des personnes à lui, malgré les efforts de déstabilisation de ceux qui font le mal.

b. Responsabilité

Dieu est souverain sur le salut, et lorsqu’il attire les gens à lui, sa grâce est irrésistible. Mais cette image d’un papillon attiré par la lumière est imparfaite, car elle suggère que nous n’avons aucun choix — elle suggère un lavage de cerveau, et ce n’est pas du tout ce qui se passe. Et voici pourquoi ce sujet est difficile à comprendre : alors que la Bible affirme que Dieu est souverain sur le jugement et sur la miséricorde, qu’il attire ses enfants à lui et que la grâce qu’il offre est irrésistible, la Bible affirme aussi souvent que l’homme a un choix à faire, et qu’il est responsable du choix qu’il fait.

Nous le voyons à plusieurs reprises dans ce passage : 35 Jésus leur dit: «La lumière est encore pour un peu de temps parmi vous. Marchez pendant que vous avez la lumière afin que les ténèbres ne vous surprennent pas, car celui qui marche dans les ténèbres ne sait pas où il va… Il les invite donc à marcher — il fait appel à leur pouvoir de décider. 48 Celui qui me rejette et qui n’accepte pas mes paroles a son juge: la parole que j'ai annoncée… Il nous invite donc à prendre une décision : accepter ou rejeter l’évangile. Il met devant nous un choix, et nous sommes tous responsables devant ce choix. 

Regardez au v. 40. Il a aveuglé leurs yeux et il a endurci leur cœur pour qu'ils ne voient pas de leurs yeux, qu'ils ne comprennent pas dans leur cœur, qu'ils ne se convertissent pas et que je ne les guérisse pas. 41 Esaïe dit cela lorsqu'il vit sa gloire et qu'il parla de lui. Alors Dieu est souverain, et ce pouvoir de juger lui rend gloire. Mais regardez ce que Jean dit juste après. v. 42 : 42 Cependant, même parmi les chefs, beaucoup crurent en lui; mais, à cause des pharisiens, ils ne le déclaraient pas, de crainte d'être exclus de la synagogue. Alors ils voient que Jésus est puissant, ils “croient” d’une certaine manière qu’il est en fait qui il dit… Mais ils montrent que leur foi n’est pas authentique, car ils refusent de le dire publiquement — ils ont peur de se faire exclure de la synagogue. Alors dans les versets 40-41, nous voyons Dieu qui est souverain sur leur choix, et dans le verset 42, nous voyons qu’ils sont tout de même responsables de leur choix. Alors si Dieu est souverain, pourquoi sont-ils responsables de ce qu’ils font ?

 43 En effet, ils aimèrent la gloire des hommes plus que la gloire de Dieu.

Chaque personne qui décide de rejeter Jésus le fait non pas malgré elle, mais parce qu’elle aime autre chose plus que lui et que sa gloire. On aime la gloire des hommes plus que la gloire de Dieu ; on aime la gloire du monde plus que la gloire de Dieu ; on aime le confort plus que la gloire de Dieu… A chaque fois qu’on rejette Jésus et l’évangile, c’est parce qu’on aime autre chose plus que lui et que sa gloire. On est donc responsable de ses choix, et si Dieu est souverain pour juger, son jugement n’est nullement injuste, car il n’a fait que donner à chacun et à chacune ce qu’ils aiment — si on aime Jésus, on recevra Jésus, et tout ce qui vient avec lui ; si on aime autre chose, on recevra cette chose… et tout ce qui vient avec elle.

Conclusion

Alors qu’est-ce que ces vérités ont à voir avec notre situation présente ? Comment ces vérités nous permettront-elles de tenir bon ? Je vous propose cinq réalisations qui nous permettront d’affronter ces jours difficiles avec courage et foi.

1) J’ai cité Sophia Aram tout à l’heure. Si Mme. Aram était ici, je tenterais de la rassurer que Dieu existe, et qu’il ne s’en fiche pas. Au contraire — il ressent profondément notre douleur. A la croix nous voyons que Dieu sait très bien ce que c’est que de perdre quelqu’un qu’il aime. John Stott dit : “Je ne pourrais jamais croire en Dieu sans la croix. Dans ce monde de souffrance réelle, comment pourrait-on louer un Dieu qui en serait exempt ?” Les tireurs ont massacré des hommes et des femmes parce qu’ils s’étaient moqués de leur prophète. Mais on s’est moqué de Jésus, et il est mort pour les moqueurs. Dieu ne se fiche pas de notre souffrance, ni de la souffrance des familles des victimes, ni de la souffrance des musulmans modérés qui sont aussi horrifiés par ce qui s’est passé ; il la ressent aussi. Son jugement est donc bon, et tout à fait juste. Dieu est violemment en colère contre les péchés du monde qui provoquent la douleur, et il jugera — soit en punissant les pécheurs, soit en punissant Jésus à leur place. Ce qui nous amène à la deuxième réalisation.

2) La miséricorde de Dieu est assez grande pour tous les pécheurs — y compris les tireurs. Si les tireurs un jour avaient eu l’occasion d’accepter le sacrifice de Jésus-Christ, ils auraient été pardonnés eux aussi, car Jésus aurait payé le prix de leur crime. Aucun péché n’est trop grand pour lui. L’apôtre Paul persécutait les chrétiens. David était un meurtrier. Alors si tu as l’impression aujourd’hui que Dieu ne t’accepterait pas, que tu as fait des choses dans ta vie que Dieu ne pourrait pas pardonner, rassure-toi. Sa miséricorde est infiniment puissante, et elle peut racheter le pire des pécheurs.

3) La souveraineté absolue de Dieu veut dire que nous n’avons rien à craindre. Même lorsque cela semble dramatique, rien n’est hors de son contrôle. Dieu est souverain sur le salut des hommes, puisqu’il est souverain sur tout. Jésus dit dans Matthieu 10.29 : Ne vend-on pas deux moineaux pour une petite pièce? Cependant, pas un ne tombe par terre sans l’accord de votre Père. Même si tout semble partir en vrille, ce n’est pas le cas. Notre Père n’a pas perdu la main ; il a le contrôle.

4) Nous sommes responsables de le manière dont nous répondrons à des situations comme celle-ci. Allons-nous nous mettre en colère contre Dieu, puisqu’il aurait pu faire quelque chose pour l’arrêter ? Ou alors trouverons-nous un refuge en lui, puisqu’il est le seul qui sait quelles incidences ce drame aura dans l’avenir ? Allons-nous continuer à rejeter ce Dieu qui s’est donné entièrement pour nous, ou allons-nous accepter ce don qu’il nous a fait ?

5) La gloire de Dieu ne sera nullement entravée par le mal de l’humanité. Imaginez un vitrail. Si vous le regardez de tout près, vous voyez de belles couleurs, mais vous voyez aussi de gros traits noirs, bien laids, avec des points et des angles raides et sévères. Mais si vous vous reculez, vous voyez l'ensemble, et vous voyez à quoi servent les traits noirs. Aujourd’hui, nous regardons le monde de tout près, et nous ne voyons pas comment les malheurs et les tragédies de ce monde pourraient ne pas amoindrir la gloire de Dieu. Mais Dieu a une vision de la totalité de l’histoire humaine, et il sait ce qu’il va faire avec ces événements. Et c’est là toute le génie de Dieu — il est capable de prendre des actes affreux et les tourner pour la gloire de son nom et le bien de son peuple.

Alors prions avec Jésus : Père, révèle la gloire de ton nom !, et nous aurons la certitude qu’il répondra favorablement à notre prière. Nous verrons à l’œuvre son jugement et sa miséricorde, sa souveraineté et le don de la responsabilité — et par cette vision nous pourrons faire ce pour quoi il nous a créés. Nous pourrons voir sa gloire.