Heureux celui à qui la transgression est remise

Matthieu 5.4 :

Heureux les affligés, car ils seront consolés ! (Version Louis second)

Bienheureux sont ceux qui pleurent; car ils seront consolés (Version Martin)

À quand remonte votre dernière affliction ? Et vos dernières larmes ? Je ne parle pas ici d’une simple contrariété quotidienne, mais plutôt d’un évènement vous ayant profondément choqué. Qu’est-ce qui vous a mis dans cet état ? En général, qu’est-ce qui vous afflige ? Pourquoi pleurez-vous ?

Jésus dans ce propos assimile les personnes affligées, celles qui pleurent (de tristesse) à des personnes heureuses. Comment est-ce donc possible ? À quelle affliction fait-il allusion ?

Nous devrions peut-être déjà commencer par dire tout de suite ce qu’est cette affliction et ce à quoi elle ne renvoie certainement pas.

TRISTESSE ET AGONIE

Le mot grec utilisé et traduit par affliction est le mot le plus intense pouvant décrire la douleur et le chagrin. Le mot le plus puissant que j’ai trouvé en français est l’agonie. L’agonie est définie comme une extrême souffrance morale entraînant un très grand abattement spirituel. Quand Jésus parle d’affliction, il ne s’agit donc pas ici de simples contrariétés quotidiennes. Mais bien plus. La notion derrière ce terme traduit un réel inconfort produit par une situation gênante.   

Dans son propos, Jésus ne fait pas de distinctions au sujet des types d’afflictions, encore moins sur les causes de ces afflictions. Toutes les afflictions sont-elles appréciées de Dieu ? La réponse à cette question est NON. Certaines afflictions plaisent à Dieu, et d’autres sont clairement mondaines. Faisons le point là-dessus. 

LA TRISTESSE SELON LE MONDE

Il existe plusieurs raisons pouvant nous conduire à la tristesse, l’affliction et même les larmes. Voyons quelques raisons parmi celles que Dieu désapprouve :

  • La tristesse dépourvue d’espoir. 

Illustrons cette tristesse par le cas de Judas. Il a trahi Jésus, en le livrant aux autorités juives de son époque contre de l’argent. Suite à l’arrestation et au procès de Jésus, il a réalisé son erreur, et cela l’a affligé. Il a confessé son péché et est même allé jusqu’à restituer l’argent qu’il avait perçu.

« J'ai péché, en livrant le sang innocent » (Matt. 27.4). 

Judas a fait bien plus que plusieurs chrétiens de nos jours quand nous péchons. Et pourtant l’affliction de Judas n’a pas plu à Dieu. Pourquoi ? L’une des raisons principales est que son affliction était dépourvue d’espoir. Nous voyons que suite au rejet des chefs religieux, Judas, désespéré, se pend (Matt. 27.5). 

Judas a finalement cru que son péché était plus grand que la grâce et le pardon de Dieu. Il n’avait pas cru en la capacité de Dieu à pourvoir un sauveur pouvant effacer tous ses péchés. Dans sa tristesse, il n’avait aucun espoir.

Nous ressemblons si souvent à Judas sur cet aspect. Nous voyons la grandeur, et la gravité de nos péchés et cela nous désespère car nous considérons qu’il sera difficile d’obtenir le pardon de Dieu pour ce que nous avons fait. Ce sentiment est récurrent quand nous tombons plusieurs fois dans le même péché, malgré tous nos efforts et promesses. On est tenté de se dire : « C’est trop, là j’exagère, je suis allé trop loin. Ce n’est même pas la peine de me présenter devant Dieu, Il ne me pardonnera pas, pas cette fois ». On est désespéré. 

Ceci n’est clairement pas une tristesse selon Dieu, bien au contraire. On ne fait pas partie de ceux que Jésus appelle dans son sermon « bienheureux ». 

Un chrétien doit mettre en avant, non pas la gravité de ses péchés, mais plutôt la grâce et la bonté de Dieu qui lui pardonne tout. En face de nos plus « grandes chutes », nous devons nous souvenir qu’aucun péché n’est plus grand que l’amour de Dieu. 

  • La tristesse hypocrite. 

Illustrons cette tristesse par Saul. Nous retrouvons le récit dont sont extraits les versets ci-dessous dans le livre de 1 Samuel 15.2-3, 8-9. Saül, avait reçu un ordre de la part de Dieu via le prophète Samuel : 

« 2 Je me souviens de ce qu'Amalek fit à Israël, lorsqu'il lui ferma le chemin à sa sortie d'Egypte. 3 Va maintenant, frappe Amalek, et dévouez par interdit tout ce qui lui appartient; tu ne l'épargneras point, et tu feras mourir hommes et femmes, enfants et nourrissons, boeufs et brebis, chameaux et ânes. ». 

En réponse à cette injonction, voici la réponse de Saül :  

« Saül battit Amalek depuis Havila jusqu'à Schur, qui est en face de l'Egypte. 8 Il prit vivant Agag, roi d'Amalek, et il dévoua par interdit tout le peuple en le passant au fil de l'épée. 9 Mais Saül et le peuple épargnèrent Agag, et les meilleures brebis, les meilleurs boeufs, les meilleures bêtes de la seconde portée, les agneaux gras, et tout ce qu'il y avait de bon ; ils ne voulurent pas le dévouer par interdit, et ils dévouèrent seulement tout ce qui était méprisable et chétif ».

Suite à cette désobéissance, Dieu punit Saül en lui retirant la royauté. Face à cette sentence, Saül confessa son péché et dit : 

« J'ai péché, car j'ai transgressé l'ordre de l'Eternel, et je n'ai pas obéi à tes paroles ; je craignais le peuple, et j'ai écouté sa voix ». 

On découvre donc ici un homme qui n’est pas très concerné par son péché, mais plutôt par son pouvoir. Ce qui importait vraiment pour lui c’était son honneur et sa réputation parmi le peuple. Il dit ensuite : 

« J'ai péché ! Maintenant, je te prie, honore-moi en présence des anciens de mon peuple et en présence d’Israël ; reviens avec moi, et je me prosternerai devant l'Eternel, ton Dieu ». 

Saül était triste, mais c’était une tristesse hypocrite. Pour Saül, ce qui importait c’était garder son royaume et plaire au peuple. Si pour retrouver son honneur, son prestige et l’approbation du peuple, cela demandait de se confesser tristement, alors il était prêt à le faire.

Cette attitude hypocrite ne se retrouve malheureusement pas que chez Saül. Quand nous nous servons de la tristesse pour amadouer, attendrir, obtenir quelque chose, alors notre tristesse est hypocrite. En réalité, cette tristesse a juste pour but de tromper la personne en face afin d’obtenir l’objet de notre désir. Cette attitude est facile à déceler chez des enfants qui sont prêts à faire des scènes, juste pour obtenir un jouet par exemple. Les adultes sont peut-être plus subtils, mais la racine est la même. 

  • La tristesse du péché

Souvenez-vous du SDF qui a emporté deux sacs remplis de billets à l’aéroport de Roissy (490 000€). Voici déjà 2 mois qu’il est recherché par la police. Tous les scénarios sont envisageables. Imaginez donc qu’il se fasse arrêter dans les prochains jours. On peut penser qu’il aura des regrets, il sera triste, car il ne pourra plus profiter des avantages que lui procurait son vol. 

Pour prendre un exemple plus près de nous, imaginez que deux membres de l’assemblée entretiennent une relation illicite (fornication, adultère), et pour une raison ou une autre, cela vient à se savoir. Comment pensez-vous que ces personnes vont se sentir ? Mal, très mal certainement. Mais à votre avis, qu’est ce qui va les attrister ? Ce sera peut-être le regard des autres, leur réputation. Dans plusieurs cas, quand les péchés cachés sont exposés, la solution prise est de partir. Changer d’assemblée.

Mais au fond, la tristesse ressentie, n’est pas centrée sur l’horreur du péché révélé, mais plutôt sur ses conséquences.

On est triste non pas parce qu’on a péché, mais parce que la mise à nu de notre péché nous empêchera désormais d’en « profiter » discrètement. 

Celui qui, suite à une relation illicite attrape une maladie sexuellement transmissible, regrette certainement son acte. Mais au fond, il regrette non pas son péché, mais le fait que ce péché ait entrainé une conséquence aussi terrible.

En résumé, on peut être triste face à notre péché parce qu’il nous semble plus grand que la grâce de Dieu. On peut feindre la tristesse de manière hypocrite, mais aussi être affligé face aux conséquences du péché, et dans chacun de ces cas, la promesse de Jésus ne nous concerne point. A quoi fait donc allusion Jésus ? Quelle est cette tristesse ?

LA TRISTESSE QUI PRODUIT LA JOIE

Paul nous en donne un aperçu quand il dit (2 Cor. 7 :10) :

« En effet, la tristesse selon Dieu produit une repentance à salut dont on ne se repent jamais, tandis que la tristesse du monde produit la mort. »

On peut constater que la tristesse dont il est question est une tristesse qui produit la repentance. C’est celle qu’on retrouve chez David dans le Psaume 51.3-14 : 

3 O Dieu ! aie pitié de moi dans ta bonté ; Selon ta grande miséricorde, efface mes transgressions ; 4 Lave-moi complètement de mon iniquité, Et purifie-moi de mon péché. 5 Car je reconnais mes transgressions, Et mon péché est constamment devant moi. 

6 J'ai péché contre toi seul, Et j'ai fait ce qui est mal à tes yeux, En sorte que tu seras juste dans ta sentence, Sans reproche dans ton jugement. 7 Voici, je suis né dans l'iniquité, Et ma mère m'a conçu dans le péché. 8 Mais tu veux que la vérité soit au fond du coeur : Fais donc pénétrer la sagesse au dedans de moi ! 9 Purifie-moi avec l'hysope, et je serai pur ; Lave moi, et je serai plus blanc que la neige. 10 Annonce-moi l'allégresse et la joie, Et les os que tu as brisés se réjouiront. 

11 Détourne ton regard de mes péchés, Efface toutes mes iniquités. 12 O Dieu ! crée en moi un coeur pur, Renouvelle en moi un esprit bien disposé. 13 Ne me rejette Pas loin de ta face, Ne me retire pas ton esprit saint. 14 Rends-moi la joie de ton salut, Et qu'un esprit de bonne volonté me soutienne ! 

Et il rajoute au Psaume 32.1-2 : 

1 Heureux celui à qui la transgression est remise, A qui le péché est pardonné ! 

2 Heureux l'homme à qui l'Eternel n'impute pas d'iniquité, Et dans l'esprit duquel il n'y a point de fraude ! 

Bienheureux les affligés, ceux qui pleurent pour leurs péchés ; ils seront consolés. Heureux, ceux qui voient la gravité de leurs péchés, et qui s’en repentent. Les affligés dont parle Jésus sont ceux qui se réjouissent car leurs péchés sont pardonnés.

La Bible nous demande d’être affligés par nos péchés car c’est la réponse naturelle de celui qui comprend la gravité de sa désobéissance face à un Dieu saint. C’est aussi la réaction de celui qui réalise que par sa désobéissance, il déshonore l’objet de son amour : Christ.

La joie provient de la réconciliation car le péché nous éloigne de Dieu. Celui qui pèche et qui le réalise est affligé, et se tourne vers Dieu pour le pardon. La bonne nouvelle est que Dieu est toujours prêt à pardonner, faire grâce, restaurer et réconforter le pécheur qui se repent.

LA CONFESSION DES PECHES : UN BON INDICATEUR

A quand remonte la dernière fois que nos péchés nous ont réellement affligés ? Il est si facile de s’affliger des péchés des autres, mais pas assez des nôtres. Facile de s’affliger sur les conséquences de nos péchés, plutôt que sur leur gravité. Facile d’agrandir notre péché au point d’amoindrir la grâce de Dieu. Facile de se servir de la tristesse, de l’affliction pour obtenir l’objet de nos convoitises.

Sommes-nous affligés par notre péché ? Il est si facile de trouver des excuses et des coupables pour tous nos péchés. Il y a toujours une justification pour notre péché : les autres. Et même quand nous devons le confesser, on dirait que l’exercice est intellectuel : une succession de paroles, mais sans aucune émotion. Tout laisse à penser que nous ne réalisons pas ce que nous disons. 

Nous vivons une époque très légère. Une époque dans laquelle on rit de tout, même des choses les plus graves. Nous rions de ce qui devrait nous faire pleurer. Et bien évidemment nous rions de notre péché, nous en faisons un sujet « fun », et cela en dit long sur nous. 

Ce que Jésus nous dit ici est que sont bienheureuses les personnes qui sont affligées par leurs péchés. Si tel n’est pas notre cas, alors nous ne connaitrons jamais la joie qu’il promet. Si vivre une vie victorieuse sur le péché n’est pas une priorité dans nos vies, alors s’en repentir ne le sera pas non plus. On trouvera des excuses pour justifier notre péché.

Quand nous avons réalisé notre pauvreté spirituelle, notre incapacité à faire quoique ce soit pour plaire à Dieu et pour obtenir/mériter notre salut ; quand nous avons réalisé l’amour parfait de Dieu qui nous a sauvé d’une damnation éternelle, mais aussi qui au quotidien est avec nous ici-bas, alors nous sommes profondément affligés quand nous nous rebellons contre lui.  

Le chrétien n’est pas parfait, mais ce qui le distingue des autres c’est son rapport au péché. Il ne se réjouit pas de son péché, bien au contraire son péché produit en lui de profondes afflictions. Et ces afflictions sont transformées en joie lorsque le péché est confessé.

Heureux celui à qui la transgression est remise,  A qui le péché est pardonné !