La générosité : au cœur du christianisme ?

- Philippe Simo

« Si tu as de la nourriture dans le frigo, des vêtements dans le placard, un toit au-dessus de ta tête et un endroit où dormir,  alors tu es plus riche que 75% de la population sur la terre. Si tu as de l'argent dans ton portefeuille, et des économies à la banque, alorstu fais partie des 8% les plus riches de la terre… » 

La première impression que j'ai eue était de me dire : « Waouh, il y a tant de misère dans le monde que ça ? » La deuxième était de me dire que la société occidentale dans laquelle nous vivons tend à nous couper de cette triste réalité, et quelque part nous pousse à nous centrer sur notre personne et donc à nous occuper de nos propres « affaires ».

Vu que nous sommes à bien des égards riches, je pense que nous devons regarder de très près ce que Jésus a dit dans la Bible aux riches. Car la question de la richesse est souvent au cœur de plusieurs discussions entre chrétiens, mais aussi à l'origine de plusieurs luttes internes chez le chrétien.

JESUS NOUS PARLE DES RICHES... DE CE MONDE

La première chose que l'on peut dire sans risques de se tromper est que Jésus n'a pas évité le sujet de l'argent, bien au contraire. La deuxième chose que l'on peut dire est qu'il n'a pas été élogieux envers les riches, loin s'en faut. 

On l'entend par exemple dire

Malheur à vous, riches, car vous avez votre consolation ! 25 Malheur à vous qui êtes comblés [maintenant], car vous aurez faim ! Malheur à vous qui riez maintenant, car vous serez dans le deuil et dans les larmes ! (Luc 6.24-25) 

Ou encore dans la parabole du riche homme : 

Mais Dieu lui dit : 'Homme dépourvu de bon sens ! Cette nuit même, ton âme te sera redemandée, et ce que tu as préparé, pour qui cela sera-t-il ?' 21 Voilà quelle est la situation de celui qui amasse des trésors pour lui-même et qui n'est pas riche pour Dieu (Luc 12.16-21).

Ce n'est pas tout, Jésus rajoute quelques chapitres plus loin :

Nul serviteur ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l'un et aimera l’autre ; ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et les l'argent (Luc 16.13).

Le paroxysme de tout ceci se retrouve au chapitre 18 quand la rencontre de Jésus avec un riche homme de bonne moralité se termine par ces propos : 

« Qu'il est difficile à ceux qui ont des richesses d'entrer dans le royaume de Dieu ! En effet, il est plus facile à un chameau de passer par un trou d'aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. » Ceux qui l'écoutaient dirent : « Qui donc peut être sauvé ? » Jésus répondit : « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu » (Luc 18.24-27).

Peut-on réellement aspirer à la richesse en prenant en compte toutes les mises en garde de Jésus ? 

Jésus vient de dire qu'il est on-ne-peut-plus difficile pour un riche d'être sauvé…pourtant le difficile reste possible. Quelques versets seulement après cette parabole (dans Luc 19.1-10), Jésus rencontre un homme riche appelé Zachée, chef des collecteurs d'impôts. Le miracle va avoir lieu et comme premier acte après sa conversion, cet homme va distribuer ces biens (ce que le riche homme de Luc 18 a refusé de faire).

La générosité est un signe externe de conversion.

Peut-on réellement connaitre Christ et être radin ? Il ne s'agit pas ici simplement de contribution financière à l’église (car, oui, on peut contribuer financièrement dans son assemblée et être foncièrement radin). Il est possible de donner par devoir, et non par générosité. D'ailleurs pour certains chrétiens, la générosité se limite à la participation financière dans leur assemblée.

UN EXEMPLE VENU DES MACEDONIENS

Voici ce que Paul dit des Macédoniens : 

Au milieu même de la grande épreuve de leur souffrance, leur joie débordante et leur pauvreté profonde les ont conduits à faire preuve d'une très grande générosité. Je l'atteste, ils ont donné volontairement selon leurs moyens, et même au-delà de leurs moyens, et c'est avec beaucoup d'insistance qu'ils nous ont demandé la grâce de prendre part à ce service en faveur des saints. Ils ont fait plus que ce que nous espérions, car ils se sont d'abord donnés eux-mêmes au Seigneur, puis à nous, par la volonté de Dieu (2 Corinthiens 8:2-5).

Les Macédoniens étaient au bas du classement des 75% les plus pauvres de la planète dont nous avons parlé en début d'article. Il semblerait qu'ils n'avaient pas grand-chose, et pourtant ils ont donné et se sont donné.

La conversion se traduit par un cœur régénéré. Un tel cœur est généreux. Généreux avec son temps, avec ses biens matériels (voiture, maison, nourriture, dons) car c'est une démonstration de la grâce de Dieu car Paul dit quelques versets plus loin : 

Vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ: pour vous il s'est fait pauvre alors qu'il était riche, afin que par sa pauvreté vous soyez enrichis (1 Corinthiens 8.9).

LA LUTTE POUR LA GENEROSITE

On a souvent à tort réduit la générosité à une question d'argent et pourtant cela va bien plus loin. La générosité est globale et est en rapport à tout ce que l'on peut donner. De plus, elle n'est pas sectorielle. 

J'entends souvent dire : « Je n'ai aucun mal à donner plus d'argent à mon assemblée. Mais dès qu'il s'agit d'ouvrir ma maison pour accueillir des étrangers, des pauvres, j'en suis incapable. »

Ou plutôt : « Je peux contribuer tant que cela ne me demande pas de m'impliquer.  Je suis prêt à donner de l'argent pour acheter de la nourriture aux pauvres, mais ne comptez pas sur moi pour aller à leur rencontre pour la distribuer. »

On a tous des secteurs privilégiés, des secteurs dans lesquels il est plus simple, naturel d'être généreux, et d'autres où c'est un réel combat. A la lumière de ces obstacles donc, qu'est-ce que la générosité ?

La générosité consiste à renoncer à notre confort personnel afin d'aider.

Renoncer à ces vacances prévues depuis 6 mois, y renoncer pour être généreux. Renoncer à cette nouvelle voiture que l'on voulait acheter, dans le but d'être généreux. C'est aussi vaincre nos peurs en accueillant des étrangers chez nous, ou encore en partageant notre unique repas avec celui qui est dans le besoin. C'est aussi se donner pour aider à un déménagement alors même qu'on est fatigués.

La véritable générosité nous coute, parfois très cher, mais c'est cela la générosité.

Vu ainsi, il devient évident qu'il y a des opportunités chaque jour d'être généreux. 

Je souhaiterai nous laisser avec cette question : « Suis-Je réellement généreux ? Voit-on en moi quelqu'un de généreux ? »

La seule certitude que l'on a est que la générosité est visible, et que le meilleur moyen d'aider d'autres personnes autour de soi à être généreux consiste à l'être soi-même.

C'est une question de grâce, et on a un excellent modèle en Jésus dont nous connaissons cette grâce : 

Pour nous il s'est fait pauvre alors qu'il était riche, afin que par sa pauvreté nous soyons enrichis.