Prier, pour quoi faire ?

Philippe Simo

Ils arrivèrent à Jéricho. Lorsque Jésus sortit de la ville avec ses disciples et une assez grande foule, Bartimée, le fils aveugle de Timée, était assis en train de mendier au bord du chemin. Il entendit que c'était Jésus de Nazareth et se mit à crier : « Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ! » Beaucoup le reprenaient pour le faire taire, mais il criait beaucoup plus fort : « Fils de David, aie pitié de moi ! » Jésus s'arrêta et dit : «Appelez-le.» Ils appelèrent l'aveugle en lui disant : « Prends courage, lève-toi, il t’appelle. » L'aveugle jeta son manteau et, se levant d'un bond, vint vers Jésus. Jésus prit la parole et lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » « Mon maître, lui répondit l'aveugle, que je retrouve la vue. » Jésus lui dit : « Vas-y, ta foi t'a sauvé. » Aussitôt il retrouva la vue et il suivit Jésus sur le chemin. (Marc 10.46-53)

Cela peut sembler surprenant aux premiers abords, mais personnellement l’un de mes personnages Bibliques préférés ne s’appelle pas Pierre, ni David, encore moins Moise, mais plutôt Bartimée. Oui Bartimée, vous savez cet aveugle, de surcroit mendiant. Je suis bien conscient qu’il n’a accompli aucun miracle, ni sermon mémorable, mais le fait est que je retrouve en lui une misère proche de la mienne et surtout un cœur de disciple.

Aveugle et Pauvre, un destin sans espoir

Quand nous lisons la Bible, très souvent nous sommes confrontés aux différences culturelles entre l’époque à laquelle se déroule l’histoire racontée dans le texte biblique et la nôtre. Nous devons donc faire plus d’efforts pour comprendre l’histoire décrite vu qu’elle ne renvoie à rien, ou pas grand-chose dans le présent. Or l’histoire de Bartimée ne rentre clairement pas dans cette catégorie car aujourd’hui encore il y a des mendiants, aveugles, assis aux bords des rues et ce même dans les pays les plus développés de la planète.

La condition d’aveugle est très touchante. Il est très difficile de ne pas répondre à l’appel à l’aide d’un aveugle. Même quand on est pressé, on parvient souvent à trouver du temps pour aider un aveugle qui souhaiterait par exemple traverser la route, ou encore l’aider à trouver son chemin. Il semblerait aussi qu’il soit plus aisé d’être charitable vis-à-vis d’un mendiant lorsque celui-ci est aveugle.

Contrairement à plusieurs autres handicaps, il est très difficile d’avoir un travail même de nos jours lorsqu’on est aveugle. Imaginons donc la situation il y a plus de 2000 ans en Israel. A moins de naitre dans une famille riche, naitre aveugle était synonyme de pauvreté et de dépendance vis-à-vis de la charité des autres. Voilà quelle était la situation de Bartimée, un homme qui vivait de la charité des autres. Et quand vous êtes aveugles et que vous mendiez au bord d’une route, vous savez qu’il faut se positionner sur une route fréquentée et surtout que chaque passage de foule est une opportunité à saisir.

La rencontre avec Jésus et … tout change.

Comment Bartimée en est arrivé à avoir foi en Jésus ? Vu qu’il est aveugle et mendiant, il est fort à parier qu’il n’a pas connu Jésus pour avoir assisté à un de ces miracles. Etant aveugle, ces déplacements sont très limités. Je crois plutôt que c’est la renommée de Jésus qui est arrivée jusqu’à lui. Assis au bord de la route, ou chez lui, il a entendu parler de cet homme qui guérissait les malades, chassait les démons enseignait avec autorité et confrontait les pharisiens. Et assez souvent il était alimenté de nouvelles histoires, décrivant les nouveaux miracles de Jésus, jusqu’au jour où il a entendu dire que Jésus avait aussi guérit des aveugles. Et je me laisse à imaginer qu’il s’est dès lors mis à espérer que Jésus passe un jour près de lui.

Combien de temps a-t-il ainsi attendu ? Je ne le sais. Par contre ce que nous savons c’est que Jésus a fini par passer par ce chemin. Ce que nous savons aussi c’est comment a réagi Bartimée.

La réaction de Bartimée est celle d’un homme désespéré qui se dit : Ceci est ma dernière chance de le rencontrer, de le supplier, d’être guéri. « Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ! »

Et pourtant les obstacles sont nombreux. Beaucoup le reprenaient pour le faire taire : « N’interrompt pas le maitre », « Arrête de crier ainsi, le maitre a encore beaucoup de chemin à faire », « Otez ce mendiant du chemin »… etc. Et pourtant face à l’adversité Bartimée ne va pas abandonner, au contraire, il va crier plus fort : « Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ! ».  Tel Jacob lorsqu’il se battit toute la nuit avec un ange.

En réponse à la prière de Bartimée, Jésus s’arrête. Oui, il s’arrête pour le pauvre, le mendiant, celui qui est assis au bord de la route.

Notons aussi que quand Jésus l’appelle, Bartimée jette son manteau, or le manteau est le seul bien du pauvre. Il se débarrasse ainsi de son plus précieux bien de peur que celui-ci ne le retarde ou l’encombre alors qu’il se dirige vers Jésus.

Inconscients de notre propre aveuglement

La situation de Bartimée est pourtant très proche de celle de chaque homme et chaque femme avant sa rencontre avec Christ. Nous sommes tous de naissance aveugles et pauvres spirituellement. La grande différence avec Bartimée est que nous n’en sommes pas conscients. Notre aveuglement est tellement profond que nous croyons que nous voyons nettement. Avant que le Saint-Esprit nous ouvre les yeux, nous sommes totalement aveugles. Pour preuve, nous sommes incapables de réaliser que nous sommes perdus pour l’éternité et esclaves du péché, incapables de voir l’horreur et la gravité de notre péché et encore moins ces conséquences éternelles. Nous sommes aveugles car nous sommes incapables de voir briller la beauté de la gloire de l’évangile de Jésus-Christ (2 Corinthiens 4.3-4).

Il devient clair et évident que quand l’on est dans la peau de Bartimée, conscient de notre pauvreté et de notre propre aveuglement, nous mendions la grâce de Dieu, sinon nous mourrons.

Aveugles et pauvres, et pourtant pas mendiant

Les similitudes et les contrastes sont nombreux entre Bartimée et nous, les chrétiens. Nous sommes conscients de notre état de pauvreté et de notre aveuglement vu que le Saint-Esprit a ouvert nos yeux. Nous voyons désormais les dégâts que produit le péché dans nos vies, nous savons que Jesus est proche de nous et toujours prêt à nous aider et pourtant contrairement à Bartimée, nous ne crions pas à lui. Comment se l’expliquer ? 

Je suis intimement convaincu que notre vie de prière reflète notre compréhension de l’évangile. Notre manque de prière trouve ces origines dans notre mauvaise compréhension de l’évangile. Je souhaiterai pour conclure aborder 3 mauvaises compréhensions de l’évangile ainsi que leur lien avec la prière.

1. Dissocier le salut de la sanctification

J’entends si souvent dire « Jésus a fait sa part à la croix en me donnant accès au salut. Maintenant que je suis sauvé, je dois travailler à maintenir mon salut ». Croire cela va indubitablement affecter sérieusement la vie de prière. Si l’on croit que l’évangile qui nous a sauvé dans le passé, ne continue pas à nous sauver aujourd’hui, mais aussi qu’il ne garantit pas notre salut dans le futur alors nous sommes familiers de la honte et de la culpabilité. 

Il m’est arrivé autrefois de ne plus prier car j’avais honte et je me sentais coupable. Honte et coupable de n’avoir pas prié. Cela peut sembler incongru, mais c’est ainsi qu’on se comporte quand la honte et la culpabilité sont encore présentes.

On se dit : « Dieu m’aime, il a tout accompli pour moi, il m’a sauvé, quand j’ai besoin de lui, il est toujours présent. Mais moi je suis une déception pour lui, je ne parviens pas à lui obéir, ni à prier ». Si vous êtes dans cette situation, permettez-moi de vous dire que si Dieu vous a réellement sauvé, alors, la prière est une invitation de sa part à venir dans sa présence. Votre jugement a eu lieu et vous êtes désormais à ses yeux sans tache, ni ride, ni rien de semblable, saint et irrépréhensible (Ephésiens 5.27). Nous étions tous sales, mais Christ nous a lavés une fois pour toutes, approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce pour être secourus dans nos besoins (Hébreux 4.16).

2. Pourquoi prier vu que Dieu est souverain ?

Le 2e obstacle que je vois réside dans la compréhension qu’on a de la souveraineté de Dieu. « Si Dieu est souverain, s’il sait toutes choses, s’il n’a pas besoin de moi pour réaliser son plan, alors pourquoi prier » ? On peut aussi entendre dire : « Je n’ai pas eu besoin de prier pour avoir mon job, ni pour mes études d’ailleurs, et pourtant tout s’est bien déroulé. Dieu accomplit ses plans sans que je n’ai besoin de prier car il est souverain ». 

La Bible dit effectivement clairement que : Tout ce que Dieu veut, il le fait, dans les cieux et sur la terre, dans les mers et dans les abimes (Psaume 135.6). Dieu accomplit donc effectivement tout ce qu’il veut. Mais la Bible précise aussi les moyens par lesquels Dieu procède pour accomplir son plan. Il s’est souvent servi d’anges, ou même de prophètes. Mais l’écriture nous dit clairement que Dieu se sert des prières des saints pour accomplir sa volonté. 

Prenons pour l’illustrer la guérison de Bartimée. On peut penser que dans sa souveraineté Dieu avait décidé de guérir Bartimée. Mais on voit aussi que les guérisons effectuées par Jésus interviennent très souvent comme pour Bartimée à la suite des prières faites soit directement par les malades eux-mêmes, soit par leurs proches. 

Il n’y a donc pas incompatibilité entre souveraineté de Dieu et prière. Au contraire, il faut juste réaliser que dans sa souveraineté, Dieu passe par les prières que nous lui adressons pour accomplir sa volonté. Vu sous cet angle, la prière devient donc un moyen de grâce par lequel Dieu nous associe à son plan.

3. J’ai essayé : la prière ne marche pas.

C’est peut-être le cas le plus triste. Nous prions pour un sujet et rien ne change. La situation reste la même, et peut-être même qu’elle empire. Peut-être même que parmi les personnes qui liront cet article, certains sont dans ce cas. Vous priez depuis un certain temps pour un sujet et Dieu ne vous exauce pas.

Jesus lui-même a dit : « Demandez et l'on vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira. En effet, toute personne qui demande reçoit, celui qui cherche trouve et l'on ouvre à celui qui frappe. Qui parmi vous donnera une pierre à son fils, s'il lui demande du pain? Ou s'il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent? Si donc, mauvais comme vous l'êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, votre Père céleste donnera d'autant plus volontiers de bonnes choses à ceux qui les lui demandent » (Matthieu 7.7-11).

John Piper a dit une fois : « Dieu vous donnera toujours ce que vous demandez, ou alors il vous donnera mieux ».

« Mieux » ici veut dire « ce dont vous avez besoin ». Tim Keller a dit dans un de ces livres au sujet de la prière : « Si nous savions tout ce que Dieu sait, nous répondrions aux prières de la même façon que lui ». Le fait que Dieu réponde défavorablement à une de nos demandes est la preuve qu’à ses yeux, il est préférable que nous n’ayons pas ce que nous demandons. Cela peut être difficile à accepter sur le coup, mais celui qui prie Dieu doit aussi être convaincu de l’amour de Dieu à son égard ainsi que de ces dessins bienveillants. La confiance en Dieu s’exprime ainsi : « Je ne vois pas en quoi c’est mieux, je ne comprends pas en quoi c’est mieux, mais Seigneur que ta volonté soit faite ».

Persévérons !

En revanche, il ne faut pas confondre un refus de Dieu à un manque de persévérance de notre part, car quelques fois, avant de répondre, Dieu laisse s’écouler du temps.

L’histoire de Bartimée en est l’illustration. Quand même nous avons crié à Dieu comme Bartimée, il arrive souvent des obstacles à notre prière, nous empêchant de crier. Au lieu d’abandonner et conclure que Dieu ne nous a pas exaucés, c’est le moment de crier plus fort comme Bartimée.

La grande leçon qu’on apprend de Bartimée est la persévérance dans la prière. Persévérer est l’une des choses les plus difficiles dans la vie. Il est plutôt aisé de commencer des choses, et avec l’enthousiasme que provoque le début, nous pouvons tenir quelques temps. Mais faute de résultats, le découragement se pointe et si rajouté à l’absence de résultats des obstacles se dressent sur notre chemin, l’abandon se présente alors comme une solution. 

On entend dès lors dire : « J’ai prié, mais Dieu ne m’a pas répondu, et encore moins exaucé ». Bartimée nous dit autre chose, il nous dit : « Prie et quand les obstacles se présentent, redouble d’efforts car la réponse de Dieu est proche ». 

D’ailleurs à quoi ressemblent nos prières ? Vous connaissez peut-être ces prières fades et monotones ? Parfois récitées sans que le cœur n’y soit ? Bartimée nous montre que la prière doit être fervente. La prière est quelque chose de noble. Seule la prière issue de notre cœur a des chances de toucher le cœur de Dieu.

Retourne-donc vers Dieu dans la prière dès aujourd’hui afin qu’il t’exauce. Prie et insiste. Comme David, prie et s’il le faut sept fois par jour et même plus encore. Ce sont ceux qui persévèrent qui s’emparent du royaume de Dieu—prions alors de persévérer !